Musique classique - Charles Dutoit en coffret

À l'occasion du 70e anniversaire de Charles Dutoit, le 7 octobre dernier, l'ancien éditeur de ses disques, Decca, a compilé un vaste éventail de ses enregistrements dans un coffret de six CD, The Art of Charles Dutoit, dans lequel l'OSM figure évidemment en bonne place.

On l'avait remarqué à l'occasion d'autres rééditions: il reste quelqu'un chez Decca qui connaît bien le catalogue et peut donc réaliser des compilations intelligentes. Par les temps qui courent, après tant de licenciements dans la branche classique et l'installation d'une médiocratie triomphante, c'est une sorte de miracle qui mérite d'être signalé.

Les six disques qui forment le coffret sont bel et bien représentatifs de ce que l'on peut nommer, si l'on veut, «l'art de Charles Dutoit». On notera également un souci de ne pas inclure des enregistrements qui formeraient d'inévitables doublons pour qui s'intéresse au chef: pas de Boléro ou de Daphnis et Chloé de Ravel, par exemple, ce compositeur n'étant représenté que par l'excellent ballet Ma Mère l'Oye. L'accent est plutôt mis sur le répertoire russe et est-européen.

Dans la notice, Ray Minshull, l'ancien vice-président de Decca, raconte honnêtement la saga montréalaise et le bonheur de Decca d'avoir trouvé un chef pour refaire en disque compact le parcours réalisé par le label avec Ernest Ansermet vingt ans auparavant, lors de l'avènement de la stéréo. M. Minshull retient de Charles Dutoit le charisme, le pragmatisme et la «saine discipline basée sur le respect de la clarté de sa pensée et de sa technique de direction». Il ne décrit pas ce qu'il ressent à l'écoute des interprétations, mais précise que Charles Dutoit «déploie une conversation brillante qui en fait un grand compagnon de table».

À l'exception du cinquième CD, partagé entre l'Orchestre national de France dans Poulenc, le Philharmonia dans Le Rouet d'Omphale de Saint-Saëns et l'Orchestre de la Suisse romande dans Stravinski en 1981 (Symphonies en ut et en trois mouvements, seules vraies «raretés» du coffret), Decca documente ici le tandem Dutoit-OSM. Le meilleur se trouve dans l'ultime CD, avec le couplage de Pétrouchka et du Sacre du printemps de Stravinski, et j'ai été ravi de redécouvrir l'excellente version d'Un Américain à Paris de Gershwin.

Le coffret s'ouvre sur un CD de «parade», avec des ouvertures et des pièces d'apparat orchestral. Il était judicieux d'y choisir Les Fontaines de Rome de Respighi et Cavalerie légère de Suppé, deux excellentes réalisations. Le reste comprend notamment Les Tableaux d'une exposition de Moussorgski, Schéhérazade de Rimski-Korsakov, Hary Janos et les Danses de Galánta de Kodaly, ainsi que le Concerto pour orchestre de Bartók, formant ainsi une jolie boîte commémorative du long passage de Dutoit à la tête de l'OSM.

Pour le plaisir, Decca a rajouté en DVD cadeau, les films Prokofiev, avec le petit «bijou» en son genre qu'est le film sur la Symphonie classique, une réalisation d'Adrian Marthaler, indémodable mètre-étalon drolatique de la «quétainerie» en matière de musique filmée.

Collaborateur du Devoir