Jacobus et Maleco: le seul groupe hip-hop de l'Acadie

La scène hip-hop québécoise est la plupart du temps d'un ennui assez marquant. Si les rythmes ne se répètent pas d'un artiste à l'autre, ce sont les paroles qui racontent les mêmes problèmes nombrilistes de leurs protagonistes à casquette.

À l'inverse, le seul groupe hip-hop acadien, Jacobus et Maleco, est très inspiré, abordant sur des rythmes électroniques des sujets qui touchent à la politique, à l'identité, à la langue et, bien sûr, à la fête. À l'occasion de son premier concert à Montréal, demain, Le Devoir s'est entretenu avec Maleco, alias Marc Comeau, un des deux membres fondateurs du quatuor.

Le Devoir: Si j'ai bien compris, vous êtes tous originaires de Baie-Sainte-Marie, Nouvelle-Écosse, mais vous résidez à Moncton?

Maleco: «En fait, maintenant, on a un membre à la Baie et un autre à Ottawa, mais on travaille à distance depuis nos débuts. Notre DJ met nos beats sur Internet, on les télécharge, on s'appelle au téléphone et on envoie des e-mails. On recorde à distance et on pratique des fois les fins de semaine. On est un groupe de la nouvelle génération!»

LD: Et vous êtes le seul groupe hip-hop acadien!

M: «Oui! Il y a un autre gars qui voulait faire du hip-hop il y a quelque temps au Nouveau-Brunswick, on lui a dit: "Faut que tu le fais avec nous autres, sinon on va le faire difficile pour toi." [rire] C'est maintenant le quatrième membre depuis un an.»

LD: Vous allez vous faire étiqueter comme un groupe rap exotique par les Montréalais, ça vous dérange?

M: «Les gens ne vont pas comprendre ce qu'on dit! [rire] Ils peuvent nous étiqueter tout ce qu'ils veulent, du moment qu'ils nous voient sur l'estrade. Toute ma vie, j'ai écouté du hip-hop francophone, anglophone, espagnol... La langue est différente, mais le hip-hop est maintenant une culture universelle. Et il se prête vraiment bien à notre accent, selon plusieurs. Notre accent est plus rythmique, à l'inverse d'un flow saccadé. On utilise aussi beaucoup de vieux mots.»

LD: L'hybridation est assez unique dans ce que vous faites, mélangeant la culture urbaine du hip-hop à celle de l'Acadie. L'excellent vidéo d'animation Pimp ma botte [«botte» désigne les bateaux des pêcheurs] auquel vous avez collaboré en est un bon exemple. Il fait référence au show Pimp My Ride de MTV et à la culture des pêcheurs de la côte Est.

M: «Notre génération ne peut pas s'échapper des médias. On grandit dans une réalité qui en est bombardée. En fait, on aime y trouver des métaphores pour faire passer notre message.»

Le groupe prépare déjà un troisième album pour 2007. Il débarquera demain sur la scène du Cabaret du Musée Juste pour rire (2111, boulevard Saint-Laurent) dans le cadre du Coup de coeur francophone, accompagné de deux artistes prometteurs de l'étiquette de disques HLM. Boogat, alias Daniel Russo Garrido, et Manu Militari sont deux rappeurs qui se démarquent sur la scène locale. Le premier est un vieux routier qui affirme maintenant les origines latines de sa famille dans des rythmes légers, souvent acoustiques, et par des paroles très personnelles. La force du second est celle du contenu. Débarqué pour la première fois en solo au début de l'année, Manu Militari propose des textes réfléchis et parfois revendicateurs.

Collaborateur du Devoir