Vitrine du disque

Pieces of the People We Love, The Rapture, Mercury - Universal. L'arrivée de plusieurs groupes mélangeant disco et rock au début de la décennie annonçait le début d'une nouvelle scène post-punk. Cette bulle s'est vite dégonflée, la majorité des groupes du genre n'étant que de pâles copies l'une de l'autre.

The Rapture, groupe new-yorkais porte-étendard du genre, persiste tout de même et, contrairement à ses comparses, se bonifie avec son deuxième album, Pieces Of The People We Love. Comme le punk brut, la touche électronique s'est elle aussi presque évaporée de leur oeuvre. Il y a certes moins de bombes musicales sur PPWL, mais aussi moins de ratés. Les mélodies pop accrocheuses sont envoûtantes, menées par la voix de ténor de Luke Jenner, qui rappelle par moments celle de Robert Smith, des Cure. L'instrumentation léchée et agrémentée de sax et de percussions variées — dont la fameuse cloche à vache — est délicieusement affinée, du fait de la réalisation que l'on doit, entre autres, à Danger Mouse, l'homme derrière Gnarls Barkley.
Étienne Côté-Paluck

Pop
L'Idéologie des stars
Numéro#
Saboteur

L'ironie est intégrée à la manière de vivre des jeunes. Le dernier produit de cette culture de la dérision est le duo Numéro#. Les radios étudiantes ont embarqué à toute vitesse dans cette pop euro-dance, inondant les ondes tout l'été de son implacable succès Chewing-gum fraise. Toutes les paroles de L'Idéologie des stars, son premier album, «dénoncent» le branché, le clinquant et le bien-pensant en exagérant leurs traits: «Lâche ton style si t'en as pas», prône l'hilarant deuxième extrait du disque, rempli à profusion de violons électroniques et de claviers sur des rythmes 4/4. La formule est répétée sur l'album entier, donnant droit à certains moments très forts et à des paroles cocasses. Certainement différente de ses semblables de la scène francophone québécoise, l'esthétique franchouillarde de l'album offre par contre peu de surprises musicales. C'est plutôt par son attitude que ce groupe réjouira ceux et celles qui n'ont pas peur des sucreries d'intellos.
É. C.-P.

Rock
Fires Under The Road
Grimskunk
Indica

Après une Seventh Wave sur laquelle les fans plus ou moins finis n'ont pas beaucoup surfé, Grimskunk revient avec un album qui en réjouira plusieurs. Le groupe n'effectue pas un retour aux sonorités très métissées de Meltdown et Fieldtrip mais plutôt à ce qui avait séduit à ses débuts: les guitares et les orgues pesantes, les progressions mélodiques, les envolées psychédéliques et l'énergie brute de chansons rageuses et dénonciatrices. Pour réussir cette renaissance qu'on n'espérait plus, la troupe de Joe Evil n'a pas lésiné sur les moyens: une réalisation léchée de Gart Richardson, qui a travaillé avec Rage Against The Machine et Red Hot Chili Peppers, et l'arrivée de Vince Peake, des défunts Groovy Aardvark, qui vient ajouter un peu d'aplomb à la basse. Du côté des textes, on a droit entre autres aux traditionnelles diatribes à saveur politique (America Sucks, Vive le Québec libre, Power Corrupts) et même à une petite friandise à saveur de marie-jeanne (Wakin' And Bakin'), de quoi rappeler à certains leurs années de cégep...
Amélie Gaudreau

Classique
BEETHOVEN
Symphonie n° 9. Minnesota Chorale, Minnesota Orchestra, Osmo Vänskä. Bis SACD 1616 (distr. SRI).

La voici, et cela fait longtemps qu'on l'attendait. Le chef finlandais Osmo Vänskä est en train de faire fureur (c'était prévisible, pour ceux qui s'y connaissent un peu... ) en Amérique. Lors de la dernière tournée européenne du Minnesota Orchestra, qu'il dirige depuis trois ans, des observateurs ont d'ores et déjà placé cet orchestre au-dessus de certains des «top five» américains (Cleveland, en l'occurrence). Car Osmo Vänskä est l'un des (rares) grands chefs de notre temps. Écoutez le début du finale de cette Neuvième. Vous ne l'avez jamais entendu comme ça? C'est pourtant bien ce que Beethoven a écrit. En gros, Vänskä réussit à 100 % ce que Kent Nagano a partiellement tenté lors de son concert d'intronisation. Il remet à plat la partition, élague les fardeaux de la tradition. Plus beau encore, il trouve, notamment dans le mouvement lent, le ton juste pour que cette analyse de la partition prenne vie. Cette Neuvième implacable est une fête de l'esprit et des sens et Vänskä vient de marquer la discographie beethovénienne.
Christophe Huss

Compilation
EN AVANT LA MUSIQUE, TINTIN
Artistes divers
Trilogie - Sélect

Riche idée qu'a eue là Michel Morin, le concepteur québécois de cette compilation produite ici avec l'aval de Moulinsart Multimédia. Il existait déjà un CD des musiques et chansons entendues dans les dessins animés et les films, dont la fameuse Chanson de Zorrino (signée Brel). Mais on n'avait pas encore pensé à rassembler tous ces airs que Tintin, Haddock et compagnie chantent, fredonnent ou massacrent dans les cases mêmes de la célébrissime bédé. À commencer par l'Air des bijoux du Faust de Gounod, ce qui n'est pas rien pour ceux qui, comme moi, ont un jour inventé leur propre mélodie faute de connaître la vraie. Il y a les autres, les évidentes comme les Trenet (Boum, Le Soleil et la Lune) ou Ça vaux mieux que d'attraper la scarlatine (chantonnée par Séraphin Lampion à la fin de L'Affaire Tournesol) et les moins évidentes, notamment De l'art, splendeur immortelle, air d'opéra d'Eugène Diaz de la Peña qu'entonne dans Les Cigares du pharaon le professeur Siclone rendu fou par le poison-qui-rend-fou: «Non, mes yeux ne te verront plus... » Oui, nos oreilles ont tout entendu.
Sylvain Cormier

Monde
DIWAN 2
Rachid Taha
Universal

Huit ans après la sortie de Diwan, le punk de Barbès revient à ses sources. Preuve qu'en dépit de ses frasques, Taha n'oublie pas ses références. Un grand Oranais comme Blaoui Houari, un héros des immigrants en France comme Dahmane El Harrachi et même les Égyptiens Abdel Halim Hafez et Oum Kalsoum sont à l'honneur. Le disque démarre sur un décalage sonore et temporel avec trompette bouchée et douce voix; cherchez l'erreur. Où sont passés le rock et le chaabi? Question résolue à l'écoute de ces cordes très sixties qui embarqueront immédiatement. Ce sera du yé-yé à la sauce maghrébine. Pas mal pour un album de racines... Mais tout se recentre dès la pièce suivante. Une mandole plus qu'allumée ramène l'attitude rock pendant que le grand orchestre du Caire joue les cordes à l'unisson pour embarquer dans la danse de tout le nord d'un continent. «Je me souviens de toi, tout le monde dansait sous les youyous», chante Rachid, tourmenté, nostalgique, énergique. Ça lève! En pop algérien au pluriel, à l'africaine sur une chanson de Francis Bebey, en musique de film, en raï des champs très roots. La regrettée Cheikha Rimitti apprécierait. Joséphine deviendra-t-elle le prochain Ya Raya?
Yves Bernard