Télévision: La vitrine s'agrandit

Bien plus que la remise d'une quinzaine de Félix aux champions de notre chanson, le 24e gala de l'ADISQ est l'outil promotionnel par excellence du disque et du spectacle. Cette année, l'outil a fait des petits: place au «Week-end de toutes les musiques»!

Au commencement, il y avait le gala des artistes, puis le gala Méritas, remise fourre-tout de trophées aux vedettes de chez nous, où la chanson n'était rien et les personnalités l'essentiel. Il y eut les galas de clôture du Festival du disque canadien dans les années 1960. Mais ce n'est qu'en 1979, au premier gala de l'ADISQ avec sa première fournée de trophées nommés Félix, que le Québec obtint son équivalent des Grammy Awards américains.

Presque un quart de siècle plus tard, le gala attire un million et demi de téléspectateurs et constitue le point culminant de l'automne dans l'industrie du disque et du spectacle. Incontournable et insatisfaisant par définition, il fait surtout voir les chanteurs et chanteuses que l'on voit déjà beaucoup à la télé, cotes d'écoute obligent, et bien peu les artistes des marges. À l'ADISQ, on ne le savait que trop et on a enfin agi. «On a vraiment essayé d'ouvrir la fenêtre télévisuelle à des styles musicaux qui n'y trouvaient peu ou pas de place», se plaît à dire Jacques Primeau, président de l'association. Entendez qu'il y aura cette année au gala de belles bêtes étranges parmi les Daniel Bélanger, Sylvain Cossette, Lynda Lemay et autres têtes d'affiche: en plus de l'hommage attendu au cher onc' Plume Latraverse, on ménagera un coin du carré de sable aux Cowboys Fringants et au groupe gitan Jeszcze Raz. Mais comprenez aussi qu'il y a désormais plus que le gala: c'est un triplé d'émissions que l'on propose en un «Week-end de toutes les musiques», avec le gala de dimanche en apothéose.

Le premier volet était diffusé vendredi à Radio-Canada, nouvelle mouture de l'émission En route vers le Gala de l'ADISQ: le simple «making of» est devenu, selon l'expression de Primeau, «une émission de prestations». Nombre d'habituels interdits de télé, Dumas, WD 40, Mogilny, Mara Tremblay et compagnie, s'y démenaient. Ce samedi, c'est à Artv que l'on s'ébrouera (dès 18h; rappel dimanche à 18h30): la chouette bande de bandeapart.tv offrira le même accès privilégié au blues d'un Fredric Gary Comeau qu'au country d'un George Hamel, à la pop électronique d'un Jerôme Minière qu'au rock alternatif des Chiens. Également au programme: Éloi Brunelle, Pheek, Yannick Rieu, Bob Walsh et Geneviève Soly. «On veut en faire une tradition», promet Primeau, optimiste.

L'optimisme, il en faut une sacrée dose ces jours-ci dans l'industrie. Chute de 9 % des ventes mondiales, augmentation des téléchargements par MP3 de l'ordre d'un milliard en un an (s'ajoutant au 1,6 milliard d'octobre 2001), on est saisi de vertige. «Les ados ont montré à leurs parents comment faire», observe Primeau. Plus d'une centaine de nouveaux albums auront néanmoins paru cet automne au Québec. Ruée du désespoir? «C'est évident qu'il n'y aura pas de place pour tout le monde, concède Primeau, mais on ne peut pas reprocher à un artiste et son gérant de penser que leur disque va avoir du succès.» Plus qu'un week-end, se dit-on, c'est toute l'année qu'il faudrait «toutes les musiques» à la télé.

Le gala de l'ADISQ, à la SRC, dimanche, dès 19h30.