Musique - Éloge du live

Éloi Brunelle est de ceux qui permettent à la scène électronique montréalaise de respirer à l'aise sous des cieux étrangers. Avec des gens comme Les Jardiniers, Akufen, Tiga et quelques autres, il a commencé à tisser des ponts avec les scènes européennes et même à y connaître une reconnaissance embryonnaire. Le monsieur, avant de se présenter ce soir sur la scène du Club Soda dans le cadre du MEG 2002, vient tout juste de se faire entendre lors d'une tournée de quatre mois en Europe.

Brunelle, un des fondateurs du collectif montréalais Epsilonlab, qui compte désormais une quarantaine de membres — des DJ, des musiciens électroniques, des VJ —, est allé chercher sur la route des trains européens de quoi confronter sa mouture house minimaliste. Avec son studio portatif, il a bourlingué du côté de Cologne, de Lausanne, de Paris, d'Amsterdam et de Berlin, haut lieu des hauts lieux de la musique électronique dans le monde mondial. Brunelle s'est aussi tapé le célèbre club londonien, le Fabric. «Ce n'était pas uniquement de la tournée. Je suis arrêté un mois à Berlin pour préparer mon prochain release, pour travailler sur la production musicale».

Et le gain a été «incalculable», selon le principal intéressé. «J'ai pu voir ce qui se passe là-bas. Tout le monde en parle, mais il fallait que j'aille voir.» Les contacts commencent à s'établir. «Le pourcentage de gens qui écoutent la musique électronique est plus grand en Allemagne. Il y a plus de crowd, plus de club, plus de DJ.» Alors, quelqu'un qui perce dans ce milieu pourrait bien remporter le gros lot. «Là-bas, c'est plus facile d'en vivre. Organiser une tournée ici est terriblement difficile. Là-bas, tu prend le train et tu te fais entendre dans trois pays. Et c'est pas très compliqué.»

Celui qui est aussi connu sous le nom d'Elsonic lance ces jours-ci la suite de son Elsonic Project, dont la critique a reconnu la qualité et la finesse des grooves. Le nouveau projet s'intitule simplement Live à Neuchâtel. Les disques fraîchement imprimés devaient lui arriver hier. «Le premier disque était fait en studio. Ça sonnait live, mais c'était un set de DJ fait en studio.» Le nouveau disque, sur étiquette Epsilonlab, «représente l'esprit d'Epsilonlab, qui est vraiment à propos du live. C'est très thématique. J'ai enregistré des ambiances dans la salle. Dans le mix final, on peut entendre les gens crier. C'est comme un concert intime.» Brunelle présente le disque comme une photo de ses moments passés en Europe.

L'album est davantage orienté dance floor. «C'est beaucoup plus house qu'avant, mais ce n'est pas du house. C'est beaucoup plus funky que le premier disque, plus groovy», explique celui qu'on a aussi pu entendre à Mutek. «C'est une étape vers mon objectif. Ce que je vais jouer samedi [ce soir], c'est dans la même veine, mais encore plus raffiné.»

Collectif en résidence à la Société des arts technologiques, Epsilonlab a déjà un impact important sur la communauté. «Nous sommes en train de penser à amener ça à d'autres niveaux.» Pour le concert du MEG, ce soir, Éloi Brunelle sera accompagné par les visuels de Pillow, un autre membre d'Epsilonlab, considéré par le musicien comme un VJ de haut calibre. À noter que les deux premières parutions d'Epsilonlab, Elsonic Project, d'Éloi Brunelle, et Paysages Matriciels, de Pheek, étaient en nomination pour le Félix de l'album de l'année en musique électronique ou techno lors de la remise des prix de l'ADISQ hors ondes plus tôt cette semaine (avec Purform, le duo d'Alain Thibaut et de Yan Breuleux, aussi membres d'Epsilonlab; le prix a été remporté par Jérôme Minière).