Marc Déry au Métropolis - Belle extravagance

Il voulait la totale, il a eu la totale. Son band de rêve, les onze musiciens qu'il appelait sa «petite formation... symphonique»: les timbales, le quatuor de cordes, les trois guitares, les programmations, le DJ, la batterie, presque Zébulon au complet (les frères Déry, Alain Quirion). C'était son Ville Émard Blues Band, son Concert For Bangla Desh, son Mad Dog et The Englishmen fondus en un seul formidable groupe d'accompagnateurs: ultime caprice, belle extravagance. Marc Déry était radieux malgré les vestiges d'une «grippe d'homme»: c'était hier au Métropolis son grand soir, et il allait en profiter.

Je ne l'avais jamais vu aussi mobile et bondissant, aussi intensément présent, réagissant physiquement au «wall of sound» qui l'entourait. Le son était plutôt brouillon, surtout en première partie, les subtilités des mixages d'une telle ribambelle d'instruments réverbérant dans le hall caverneux, mais l'ensemble gagnait en puissance ce qu'il perdait en définition. C'était massif, immense. Les titres des deux premiers albums, plus intimistes dans leur facture d'origine, étaient transfigurés. De chouettes barquettes qu'elles étaient, les Depuis, Bateau, Le Monde est rendu peace et autres Trois minutes devenaient paquebots, fendant majestueusement les flots.

À l'opposé, les chansons du récent album À la figure, si ambitieuses dans leurs arrangements enregistrés, pâtissaient de la transposition: le quatuor et les claviers peinaient à rendre les extraordinaires échafaudages d'échantillons de cordes, surtout dans les pièces d'ouverture, En septembre, Si jamais. Mission impossible? Sans doute. La tentative était en soi un exploit, et le résultat franchement impressionnant, fut-il déficitaire. On applaudissait surtout l'entreprise dans sa saine démence, forcément ruineuse, rêve éveillé d'un beau trippeux de musique. J'aurais tout de même préféré une salle à l'acoustique plus gérable, idéalement une salle de concert, quitte à perdre quelques basses fréquences: la déjà belle Hiver 87, pour ne nommer que celle-là, en aurait été autrement servie.

Mais Déry voulait aussi que ça groove, et ça groovait: ça se sentait dans le ventre. Lubie de bassiste, me disais-je pendant le solo de basse au milieu d'On a mis ça s'a carte. J'aime sans doute un peu plus le Déry guitariste, constatais-je, celui des strummings réguliers et des pickings délicats, celui des constructions pop savantes. Le beatlesque. Là-dessus, vous me direz à quoi ressemblait sa version d'I Am The Walrus, prévue au deuxième rappel, bien après mon heure de tombée. Supplémentaire le 2 décembre, au même endroit.