Vitrine du disque

POSTANGO, Quetango, Indépendant - Local

Le Québec, terre d'accueil du tango? En tout cas, les signes d'une renaissance sont apparus depuis un bon moment déjà. Après Romulo Larrea, Quartango, Denis Plante, le Sweatshop Tango Ensemble et quelques autres Montréalais qui explorent sur disque le genre sous toutes ses coutures, Quetango tisse depuis la Vieille Capitale le lien de plus en plus serré entre le genre portègne dans son aspect le plus acoustiquement contemporain et le jazz instrumental.

Post-tango? Absolument, mais pas au sens électronique. Le quartette québécois fondé par le violoncelliste Daniel Finzi descend de Piazzolla et non du Gotan Project, et ce, même si on y retrouve le bandonéon-culte. Dès le début, le groupe affiche ses couleurs en déconstruisant d'abord la structure sonore avant de nous faire pénétrer dans son monde de décalage entre les tonalités: la guitare jazz, la pulsion tanguera, de fréquents montages d'ambiance. Il faudra prêter l'oreille, on n'est pas sur la piste de danse! Et ce tango n'est même pas toujours mélodique! Mais les effets rythmiques variés et certains climats plus intimes opèrent. Même dans l'étrangeté. On se laissera charmer par ces cordes et cette batterie sonnantes et dissonantes, tanguéristes mais perdues dans le Nord.
Yves Bernard

Classique

ELGAR

Concerto pour violoncelle et orchestre (+ Walton). Daniel Müller-Schott (violoncelle), Orchestre philharmonique d'Oslo, André Previn. Orfeo C 621 061A (distribution: Gillmore).

On a hâte d'entendre le violoncelliste Daniel Müller-Schott à Montréal. Partenaire de musique de chambre aussi bien d'Anne-Sophie Mutter que de Julia Fischer, les deux grandes violonistes allemandes qu'une génération sépare, il a jusqu'ici convaincu dans toutes ses prestations. Mais là, il s'attaque à un mur qu'on pensait infranchissable: le Concerto pour violoncelle d'Elgar, marqué par la légendaire version Du Pré-Barbirolli, célébrée comme un trésor national en Grande-Bretagne. Müller-Schott est trop intelligent pour attaquer cette icône de front: il suit sa voie, et il a raison. Avec une légèreté de touche, une vivacité et une virtuosité absolues, il cisèle le concerto, l'allège et le clarifie. La révolution en la matière est aussi saisissante que celle opérée par Sergei Nakariakov à la trompette devant la figure tutélaire de Maurice André: la dentelle face à la puissance. André Previn suit ce chemin avec un grand respect et beaucoup d'engagement, les mêmes recettes faisant leurs preuves dans Walton. Ce disque est, dans son domaine, une véritable révolution.

Christophe Huss

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Rock

SECRET AGENT MAN THE ULTIMATE ANTHOLOGY, 1964-2006, Johnny Rivers, Shout/Soul City - EMI

Admirable carrière que celle de Johnny Rivers, né John Ramistella, fils du Bronx, ado de Baton Rouge, Californien d'adoption. Il fut le rockeur en résidence du Whisky A Go-Go, la boîte à la mode du Sunset Strip à Hollywood, y enregistrant entre 1964 et 1966 un tas d'albums live, où sa guitare rythmique inébranlable, sa voix vibrante et ses reprises de Chuck Berry firent sa gloire. Une série de succès pop d'extraordinaire teneur — le thème de la série Secret Agent Man, Poor Side Of Town, l'exquise Summer Rain — l'éleva en 1966-68 au rang des Mamas & Papas, Byrds et consorts. Toutes les belles de cet âge d'or sont présentes sur le premier disque de cette anthologie exemplaire, le second laissant place à ses enregistrements moins célébrés mais de valeur non moins constante des trente dernières années. Car le gars n'a jamais abdiqué, et son rock'n'roll est toujours aussi rentre-dedans: ravivée en 2006, l'imparable Let It Rock du vieux Chuck boucle plus que fermement la boucle.

Sylvain Cormier

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Pop-rock

Return To Cookie Mountain, TV On The Radio, Interscope - Universal

David Bowie offre une courte apparition sur l'album Return To Cookie Mountain du quintette TV On The Radio. Sur la chaleureuse et dérangeante ballade Province, la voix du chanteur populaire se fond à celles de Tunde Adepimpe et Kyp Malone. Comme sur tout le disque, la voix de tête de Malone, constamment superposée à celle de ténor d'Adepimpe, s'enveloppe autour de la marche d'une batterie et de fines ambiances expérimentales électroniques. Un inconfort suave plane en fait sur chaque mélodie de cette galette aux influences pop-rock, punk et folk. L'instrumentation touffue, où se croisent aussi un sitar, des cuivres et des flûtes, paraît pourtant très légère. Elle évoque ainsi une opulence qui cadre chaque note et chaque agencement dans son propre souffle. Ce solide deuxième album de TV On The Radio suspend le temps dans l'espace comme une feuille d'automne qui tombe doucement de son arbre. Le groupe de Brooklyn passera au National (1220, rue Sainte-Catherine Est) le 13 octobre avec Grizzly Bear.

Étienne Côté-Paluck

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Pop

5:55

Charlotte Gainsbourg, Because Music - Warner

Merveille, forcément, que ce disque tout angliche de Charlotte Gainsbourg, retour inattendu et ravissant, 20 ans après le Charlotte Forever fait avec papa Serge. Forcément, parce que tous les pas-n'importe-qui de l'aventure — le duo Air, Jarvis Cocker, Neil Hannon, du groupe The Divine Comedy, et Nigel Godrich, le réalisateur de Radiohead — ont donné le meilleur de leur Gainsbourg intérieur en plus du meilleur de leur pop britannique (à la française en ce qui concerne Air). Bien sûr on a l'impression de retrouver Melody Nelson et la Bonnie and Clyde au XXIe siècle, avec un peu les mêmes entrelacs de cordes, un peu les mêmes motifs mélodiques. Bien sûr que Charlotte leur sert de Jane, mais la Jane de Charlotte est moins sulfureuse, plus diaphane: cela s'écoute comme la bande sonore d'un rêve tellement cette voix, ces musiques, ces ambiances sont ouatées. Bien sûr qu'on est séduit, bien sûr qu'on lévite. Et bien sûr qu'on applaudit Charlotte d'être sans gêne la fille de Jane et Serge et d'avoir permis à tout ce beau monde de réaliser à travers elle des fantasmes éveillés.

Sylvain Cormier