Musique classique - Mozart grand luxe

La prestigieuse étiquette Deutsche Grammophon aura gardé ses meilleures munitions pour la fin de l'année Mozart. D'ici quelques mois devrait nous arriver en DVD l'intégralité des opéras filmés à Salzbourg l'été dernier. Et en ce mois de septembre, ce sont toutes les vedettes de la maison — Pollini, Mutter, Terfel, Kozena — qui sont mises à contribution pour enrichir le catalogue mozartien. C'est un Mozart version grand luxe mais avec des points de vue très contrastés.

Il est évident à l'écoute de ces nouvelles partitions qu'il n'y a pas de credo artistique estampillé Deutsche Grammophon, décliné par divers interprètes. Il est tout aussi audible que cet éditeur a su avancer avec son temps. La plupart de ces disques auraient fait dresser des cheveux sur la tête au temps où, dans les années 60 et 70, Karl Böhm, en bon père de famille conservateur, dictait l'orthodoxie mozartienne du «label jaune».

Le grand Pollini

De toutes les nouvelles parutions, celle qui m'a le plus impressionné est le couplage des Concertos pour piano nos 17 et 21 par Maurizio Pollini, dirigeant le Philharmonique de Vienne. Après les Concertos nos 13 et 20 par Mitsuko Uchida et la Camerata de Salzbourg dans un DVD paru cet été, c'est la seconde contribution déterminante de DG dans le domaine des concertos pour piano de Mozart cette année.

Enregistrés en concert à Vienne en mai 2005, Pollini et le Philharmonique de Vienne déclinent Mozart sur un mode fusionnel: chaque dosage, chaque attaque semble avoir été minutieusement travaillée, et Pollini, avec une grande classe, presque une réserve, distille une sorte de tendresse sereine qu'on lui connaissait peu. Les cadences du compositeur Salvatore Sciarrino pour le 21e Concerto sont fort belles et respectueuses du style, en rien intrusives comme celles de Schnittke pour le Concerto pour violon de Beethoven.

Totalement à l'opposé de cette approche noble, Anne Sophie Mutter nous livre sa vision des Sonates pour violon et piano. Après une série de disques décevants, la violoniste la mieux payée du monde s'était réhabilitée avec son intégrale des Concertos pour violon de Mozart, il y a un an. Dans les Sonates pour violon, la démarche d'appropriation des oeuvres est claire. Tout oppose Anne-Sophie Mutter et la jeune Hilary Hahn, qui, avec fraîcheur et simplicité, avait enregistré quatre de ces sonates l'année dernière pour le même éditeur. Mutter prend le pas sur Mozart et romantise les sonates. L'exercice est assez fascinant pour qui connaît déjà les oeuvres et veut en savoir plus sur les pâmoisons de la violoniste, à la fois inspirée, immodeste et audacieuse.

Stars du chant

Si on oppose Pollini et Mutter, on peut en faire de même s'agissant de Bryn Terfel et Magdalena Kozena. Le baryton gallois nous donne le récital qu'on anticipait après la divulgation de deux extraits de son Tutto Mozart dans un album vocal il y a deux mois. Soutenu par un accompagnement très fin de Charles Mackerras, Terfel, dans une forme olympique, décline les modes d'expression les plus divers. C'est la vie et l'humour de Mozart que Bryn Terfel a su capter et restituer. Son album est un chef-d'oeuvre jubilatoire.

Par contre, les Mozart Arias de Magdalena Kozena et son conjoint Simon Rattle n'en finissent plus de soulever des interrogations. Comment un disque aussi parfait peut-il tenir à ce point l'auditeur à distance? Peut-être parce qu'il apparaît comme une démonstration. «Voi che sapete» des Noces de Figaro ne traduit pas les émois du jeune Cherubino mais apparaît uniquement comme une démonstration didactique de l'art d'ornementer Mozart. Ce calcul permanent, ajouté au fait que certains airs demandent des aigus plus lumineux, nous laisse sur notre faim.

Signalons enfin que DG a publié les Symphonies nos 40 et 41 par Marc Minkowski, une boucherie égocentrique à éviter absolument. L'enregistrement de Tafelmusik chez Analekta est bien meilleur, la grande version récente de la fameuse 40e Symphonie restant néanmoins celle de Zoltan Kocsis à Budapest, sur l'étiquette BMC, hélas non distribuée au Canada.

Nos recommandations

-Concertos pour piano nos 17 et 21, Maurizio Pollini, Orchestre philharmonique de Vienne, DG 4775795.

-Tutto Mozart, Airs pour baryton, Bryn Terfel, Orchestre de chambre d'Écosse, Charles Mackerras, DG 4775886.