Musique classique - La censure d'un opéra de Mozart provoque un tollé en Allemagne

La Deutsche Oper de Berlin a décidé en début de semaine d'annuler la présentation de l'opéra Idoménée de Mozart dans la mise en scène de Hans Neuenfels. Motif: une scène risquait de froisser les musulmans.

Kirsten Harms, directrice de l'institution, a jugé indispensable de retirer Idoménée du programme pour des raisons de sécurité, sur la recommandation des autorités policières de l'État de Berlin. Celles-ci alléguaient d'un «risque potentiel» si cette mise en scène était maintenue à l'affiche. Objet du litige: la scène finale, qui représente la tête décapitée de Poséidon, dieu grec de la mer, mais aussi celles de Jésus-Christ, Bouddha et Mahomet.

Il s'agissait pourtant de la reprise en l'état d'une production de 2003 qui, à l'exception des critiques très vives à l'encontre des décors et costumes de Reinhard von der Thannen et de la mise en scène de Hans Neuenfels, n'avait alors pas fait de vagues ni présenté le moindre «risque».

L'histoire d'Idoménée est celle du roi de Crète, qui revient victorieux de la guerre de Troie et qui, pour s'assurer un voyage paisible, offre au dieu de la mer, Poséidon, la tête du premier humain qu'il rencontrera en accostant. Cette victime est, hélas, son fils, Idamante. Idoménée fait tout pour l'épargner, mais les éléments marins se déchaînent contre la Crète. Il lui faut obtempérer pour sauver son peuple, mais au moment du sacrifice, Ilia, amoureuse d'Idamante, se propose de mourir à sa place: l'amour a triomphé et les éléments se calment. Idoménée renonce au trône et y installe Idamante et Ilia.

Neuenfels, un metteur en scène qu'on classe d'habitude dans la catégorie des provocateurs, a voulu voir dans cette histoire une parabole sur la faillite des religions et proclamer sa foi en l'homme, capable de tout vaincre.

L'affaire suscite un vaste débat de société et un tollé en Allemagne, la chancelière Angela Merkel ayant elle-même qualifié cette annulation d'«insupportable» et la ministre de l'Intégration de «fatale». Le porte-parole du Parti social-démocrate en matière de politique intérieure, Dieter Wiefelspütz, a déclaré: «Si la direction d'une maison d'opéra n'est même plus capable de se battre pour la liberté d'expression, qui le fera?»

Le ministre de l'Intérieur de la Bavière, Günther Beckstein, voit quant à lui dans cette affaire «la triste preuve que les tentatives de l'extrémisme islamiste pour miner la liberté de pensée dans nos sociétés commencent à porter leurs fruits».

Placée sous un tir croisé de critiques, Mme Harms a justifié une nouvelle fois sa décision hier au journal télévisé de la chaîne nationale ARD en soulignant qu'elle était responsable de la sécurité du public et des employés dans l'enceinte de la Deutsche Oper, reconnaissant que, certes, «sur l'autre plateau de la balance, il y a la liberté de l'art»...

Collaborateur du Devoir