Musique classique - Émotions concentrées

Le diptyque d'opéras en un acte de Puccini choisi par l'Opéra de Montréal n'avait pas fait salle comble pour la première représentation. Il s'agit pourtant, avec deux ouvrages d'une cinquantaine de minutes chacun, à la trame claire et aux émotions concentrées, d'une belle occasion d'aborder l'art lyrique.

La disette financière dans laquelle se débat l'OdeM n'a pas eu d'incidences notables sur la qualité du spectacle: décors simples mais logiques, distribution plutôt à la hauteur de la tâche, mise en scène intelligente, cherchant à illustrer sans chichis les interactions et les rapports de force entre les personnages.

Le quatuor de vainqueurs de la soirée est composé du metteur en scène Alain Gauthier, du chef Jean-Marie Zeitouni, attentif aux grandes lignes pucciniennes et aux couleurs très différentes des deux ouvrages, du passionné Marc Hervieux et de Marie-Josée Lord, très inspirée par le parcours émotionnel de Suor Angelica.

Malgré la noirceur inhérente à Il Tabarro, on notera que, dans les deux opéras, la permanence de la composante de l'espoir (ascension sociale, rédemption), sur des motifs musicaux ascendants, est bien rendue par la scénographie.

Avec une belle utilisation de la croix et de la lumière, Alain Gauthier évite le ridicule potentiel de l'apparition de la Vierge lors de la rédemption de Suor Angelica. Par contre, dans l'épisode de la signature de l'acte de renoncement à ses biens par la religieuse et dans la scène finale d'Il Tabarro, il prend quelques raccourcis qui minorent la violence vériste de ces moments.

Vocalement, le plateau tient la route: Marc Hervieux séduit par son chant physique, si bien en situation, Marie-Josée Lord par son émotion, même si elle semble plafonner dans les passages les plus virulents et puissants. C'est aussi le cas de Grant Youngblood (Michele), par ailleurs excellent. Turid Karlsen a une voix efficace mais un peu froide, alors que Robynne Redmon, prolétarienne très à l'aise dans Il Tabarro, pourrait souligner encore davantage le cynisme froid de la Princesse. Dernier satisfecit: la qualité des éclairages — reflets sur la coque de la péniche, belle conception des ambiances de Suor Angelica. Mais le jour pourrait tomber plus progressivement dans Il Tabarro...

Collaborateur du Devoir