Z'auriez pas le Sun 277 à l'état neuf?

Branle-bas de combat. C'est demain qu'a lieu la 7e Convention annuelle d'automne de disques et CD de Montréal. Il y aura là Dave, c'est sûr. Et Nick, et Benoît, et tous les autres marchands-collectionneurs des alentours. Et bien avant que 10h ne sonne et que le premier amateur de 78-tours de Hank Williams n'accède à la salle 510 du Palais des congrès (201, rue Viger Ouest), ils auront fait ce que font tous les marchands-collectionneurs. En moins de temps qu'il n'en faut pour dire «yéyé», ils auront fait le tour des kiosques et raflé les «erreurs». La plupart des erreurs. Pas toutes. C'est bien pour ça qu'on sera là nous aussi, simples collectionneurs.

Les erreurs? Une erreur, en jargon de collectionneur, est un item dont le vendeur, ne pouvant tout connaître des fluctuations du marché, ignore ou mésestime la valeur: un trésor étiqueté à si petit prix que l'acheteur verni se vantera de son «coup» des années durant. Il y aura de quoi. Ces jours-ci, à l'heure d'Internet et du site d'enchères eBay, il y a de moins en moins d'erreurs. L'info abonde. Ces jours-ci, même le collectionneur d'expérience doit potasser pour distinguer le bon grain (les trop rares disques des Beatles sur étiquette Vee-Jay, par exemple) de l'ivraie (les contrefaçons de plus en plus parfaites).

Depuis des semaines, les fadas potassent ferme. S'achètent les plus récents guides d'identification et d'évaluation. Il y en a des tas. Des généraux et des spécialisés, presque tous disponibles chez Collectophile (3601, rue Monselet à Montréal-Nord; % 514-955-0355), la seule librairie en ville à pourvoir efficacement le collectionneur en tout genre. Pour les fins de l'article, j'y ai emprunté la nouvelle édition de l'American Premium Record Guide, 590 pages bien tassées de cotes des disques rares de la période 1900-65. On y apprend que l'acquisition éventuelle de l'un des 78-tours sur étiquette Vocalion du légendaire bluesman Robert Johnson — celui qui aurait pactisé avec le diable — délestera le collectionneur de l'équivalent d'un mois de loyer dans un 8 1/2 au coeur du Plateau: rien en bas de 1000 $US pour un exemplaire en pas trop mauvais état. À l'état neuf, c'est pour ainsi dire sans limite. De placides sexagénaires s'arracheraient les yeux dans un encan pour obtenir le Vocalion 04630.

C'est comme ça qu'ils disent. Vocalion 04630, pas Love In Vain par Robert Johnson. Code d'initiés. Moi, tiens, c'est un Sun 277 jouable que j'aimerais dénicher à prix d'ami au fond d'une boîte. Le Red Hot de Billy Lee Riley à l'enseigne des disques Sun, pour parler français. Évalué à 50 $US, l'exemplaire n'est pas ruineux. À trois piasses et quart, mettons, ce serait une sacrée trouvaille. Ah ah. Je rêve.

Les autres copains rêvent aussi. Dave, qui écume toutes les ventes de succession en ville et revend ce qu'il ne garde pas aux puces de Valois (sortie boulevard des Sources, rue Donegani, dès 6h30 le dimanche), rêvera aujourd'hui des plaquettes d'obscurs groupes psychédéliques. Nick, de la boutique Beatnick (rue Saint-Denis, entre Roy et des Pins), rêvera d'un exemplaire du seul et unique 33-tours des Napoléons sans la moindre rayure. Benoît rêvera des quelques vinyles de Johnny Hallyday lui échappant encore. Et ils se peut bien qu'ils rêvent toujours dimanche. Il y a une autre convention, annoncée sur le site www.vibrations.on.ca. À l'Université de Carleton. Sait-on jamais?