Spectacle - Le souffle du bayan

Depuis son arrivée en 1997, Vladimir Sidorov nous ouvre à un monde: le sien, celui du bayan, l'accordéon de concert transporté de Russie avec lui. L'instrument offre de nombreuses possibilités et le musicien se donne comme mission de les faire découvrir. On s'éloigne parfois du piano à bretelles: «Si l'accordéon, qui est entré en Russie à la fin du XIXe siècle, est à l'origine un instrument de folklore, les artistes l'ont progressivement fait évoluer pour leur permettre d'explorer des mélodies plus complexes. Le bayan est né dans ce contexte, il y a une centaine d'années.»

De prime abord, on retient surtout du bayaniste une virtuosité qui se dégage du lot. Après tout, ne lui a-t-on pas accordé le titre «d'interprète de concert», honneur que l'on réserve aux meilleurs instrumentistes là d'où il vient, à Volgograd, ville que l'on a déjà mieux connu sous le nom de Stalingrad du temps de l'Union soviétique?

Le sens de la nuance même dans l'attaque rapide, Sidorov possède l'art de faire respirer une pièce, de la rendre intime, triste, de lui donner même un air solennel. Si, dans certaines occasions, le son évoque l'orgue d'église, on se rapproche parfois de la fête foraine. Ouvert à la planète, l'interprète ratisse large: de grands compositeurs classiques, comme Chopin, Rodrigo ou John Williams, jusqu'à ceux qui, comme Liadov ou Gridin, l'ont inspiré en Russie et ces autres qui, comme Privat, Galliano ou Piazzola, semblent associés à d'autres mondes.

Et pourtant: «Le grand Astor est l'un de ceux qui m'ont le plus influencé, reconnaît Sidorov. La musique argentine et le

folklore russe dégagent le même genre de sentiments.» En plus, contrairement aux accordéons plus anciens et à l'instar du bandonéon piazzolien, le bayan possède un système de basses chromatiques. «Je peux utiliser deux agencements

de basses sur mon instrument. Certaines pièces comme les fugues de Bach nécessitent l'emploi du système de basses chromatiques. Cela donne plus de richesse sonore.»

Univers classiques et contemporains sont donc ici naturellement associés. Mais la contemporanéité ne fait jamais perdre de vue le caractère mélodique. Sidorov ouvre même sur la musique populaire. «C'est simple, dira-t-il.

Je choisis les pièces que j'aime. Qu'importe le genre. J'essaie d'être novateur. Je compose, transcris et réarrange. Lorsque je transcris, je demeure le plus fidèle possible à l'original, mais parfois je dois changer une octave, ajouter ou enlever des notes, modifier l'introduction. Tout cela pour rendre justice au bayan, le placer à égalité avec

le violon, la guitare et le piano à titre d'instrument soliste.»

D'abord associé à l'univers de la musique savante, l'accordéoniste russe offre également des interprétations

de musique traditionnelle européenne de plusieurs cultures. Deux disques solos et un duo en collaboration avec la percussionniste Marie-Josée Simard en font foi. «Si, au départ, j'ai voulu m'établir à titre de musicien classique, je caresse également l'intention de faire des thèmes du terroir russe. Mais tout est écrit. Il ne s'agira pas de folklore pur.» Racines ou pas, directions contemporaines ou pas, Vladimir Sidorov compte parmi les musiciens qui souffleront sur le paysage sonore montréalais pendant de nombreuses années encore.

Vladimir Sidorov à la Cinquième Salle de la Place des Arts, le 26 septembre à 20h. Informations : 514-842-2112