Musique Classique - Les défis de l'originalité

Initiative courageuse, qui se présentait comme un concert «pour commencer tout autrement». Enfin autre chose à se mettre entre les oreilles. Le public a suivi, avec un apparent rajeunissement de l'auditoire.

Aux deux figures importantes de la musique américaine, réunies en seconde partie, faisait face Osvaldo Golijov, compositeur argentin, coqueluche depuis dix ans des États-Unis et de l'Europe. The Dreams and Prayers of Isaac the Blind est une oeuvre écrite en 1994 pour clarinette et quatuor. Golijov l'a élargie cette année à l'orchestre à cordes à la demande de Todd Palmer, le clarinettiste soliste, qui sera, jusqu'en 2009, l'un des deux seuls solistes à avoir le droit de la jouer.

Palmer s'est adressé au public en faisant l'effort de parler français, afin de présenter la structure de la composition, qui passe par un large éventail d'états d'âme. Le soliste y joue de cinq clarinettes différentes avec une ferveur qui semble vouloir extirper la musique des entrailles de la terre. L'élargissement du quatuor à l'orchestre fait naître une oeuvre plus «physique», un vrai concerto, au 2e mouvement populaire (klezmer) et au 3e volet recueilli, qui apparaît, par son caractère quasi mystique, comme le point fort de la composition.

On retrouve, dans les Dreams and Prayers, la propension de Golijov à mêler musiques populaires (folkloriques) et écriture classique. Les origines juives «mitteleuropéennes» du compositeur ressortent particulièrement ici, alors qu'aujourd'hui, à en juger par l'opéra flamenco Ainadamar, qui vient de paraître en CD, Golijov s'aventure plutôt dans les musiques de sa terre d'adoption. Les métissages de Golijov - un compositeur que je trouve aussi opportuniste, dans son genre, que Tan Dun - ne sont pas ma tasse de thé, mais les interprètes ont fait le maximum avec ferveur.

On n'en dira pas de même des Transcendantal Studies de Rochberg. Plus à côté de la plaque que Turovsky dans cette oeuvre, cela ne se peut pas! Trop fort et décousu, il transforme cette «Nuit transfigurée américaine» en un rien du tout, ignorant tout des indications leggero, amoroso, grazioso, tranquillo ou sereno, qui jalonnent la partition. Il manquait à son interprétation tout le mystère, les nuances et le fondu de ce bijou.

Quant à Morton Gould, ces Spirituals pour cordes ne doivent surtout pas être confondus avec les Spirituals pour choeur de cordes et orchestre (1941), un véritable chef-d'oeuvre. Ici, Morton Gould ne garde que la recette populaire, voire populiste, de A little bit of Sin, le troisiéme Spiritual de 1941, soit une simple transcription d'une mélodie connue. C'est très agréable, sans plus.

Collaborateur du Devoir