Sur la route du paradis

Ils arrivent à quatre à l'entrevue, comme un seul homme. Un diable d'homme à plusieurs têtes musicales, à l'énergie et au talent décuplés, au point d'ouvrir à ceux qui l'écoutent une porte sur le paradis.

Car Patrick Watson n'est plus seul à répondre au nom de Patrick Watson. Après son premier opus, Just Another Ordinary Day (dont il ne reste plus aucune trace dans les magasins), le jeune prodige de la scène anglo-montréalaise s'est trouvé des alliés naturels pour enfanter Close To Paradise, qui sort mardi sur la nouvelle étiquette Secret City Records, sous l'aile de Justin Time. Qui sont ces alliés? Son ami d'enfance et guitariste Simon Angell, le batteur Robbie Kuster et le bassiste d'origine russe Mishka Stein.

«Après Just Another Ordinary Day, on a passé un mois à New York, c'est là qu'on a trouvé notre son comme groupe», rapporte le chanteur et pianiste qui a donné son nom au quatuor.

Depuis, ils ne se quittent plus et partagent tout, même la désagréable mais nécessaire tournée des médias... Tous «frères, pour le meilleur et pour le pire», dira Robbie, devant leur mère nourricière, la musique: Pat, c'est la pop classique, Robbie, c'est le jazz, Mishka, le rock-funk, et Simon, le free, si on simplifie un peu, bien sûr.

Ensemble, ils sont capables de tout, surtout du meilleur, alliant les envolées de pop-rock orchestrale (Luscious Life, Close To Paradise) aux fantasmagories cinématiques (Weight Of The World, Drifters) en passant par le dépouillement du piano et de la voix caméléon de Patrick, qui rappelle tantôt la douceur mélodieuse d'un Jack Johnson (The Great Escape), tantôt le charme un brin délavé du folk (The Storm). Même les choeurs se mettent parfois de la partie, sans fausse note. La complémentarité parfaite, en somme.

«Moi, je suis hyper mélodique, commente Pat, alors Simon va trouver l'équilibre.» «C'est le band qui me tient le plus à coeur», lance Robbie, qui multiplie pourtant les collaborations diverses, comme ses comparses. «Il englobe tout ce que j'aime de la musique. On touche à tout: au classique, au noise, au jazz... Ça comble tous mes besoins.»

Ce témoignage, on le sent partagé par les trois autres et on l'entend presque résonner entre les pièces de cet album magnifique, riche et texturé. Autre qualité, les quatre musiciens-compositeurs n'ont pas peur de puiser aux influences de leurs contemporains (Amon Tobin, Liz Powell et Katie Moore ont collaboré à l'album) comme de leurs aînés: on reconnaît ici le Pink Floyd des premières années dans Daydreamer, là du Érik Satie dans Mr. Tom. Un foisonnement de références habilement tricotées pour en faire jaillir quelque chose de neuf. La coréalisation de Jean Massicotte et Jace Lasek (en collaboration avec le groupe) vient ficeler le tout.

Le titre de l'album renvoie à une expression vietnamienne qu'on énonce quand on est très fatigué malgré le long chemin qu'il reste à parcourir ainsi qu'à une peinture de Rodney Dickson, inspirée du Vietnam.

«Ça représentait bien où on en était comme groupe; ça fait six ans qu'on pousse, mais c'est difficile de sortir de Montréal, dit Patrick. Mais si on continue, on va s'approcher du paradis.»

La musique inclassable du groupe a tout de même réussi à faire les premières parties de Philip Glass et James Brown ainsi qu'à partager la scène avec des artistes aussi variés que Feist, Lhasa, Champion et The Dears.

C'est un groupe en constante évolution, qui s'apprête à prendre la scène d'assaut le 26 septembre lors du lancement au Lion d'Or mais aussi dans le cadre de Pop Montréal, début octobre.

«À chaque concert, ça change», note Mishka. «On ajoute des sections ou on les élargit pour avoir du fun», renchérit Robbie. «On n'arrête jamais d'écrire. Pat a une nouvelle idée chaque fois que je le vois.» Un troisième album serait ainsi en préparation... On ne s'en plaindra surtout pas!