Daniel Lanois avec Emmylou Harris à la Place des Arts - Comme frère et soeur

Complices, solidaires, en harmonie.
Photo: Pascal Ratthé Complices, solidaires, en harmonie.

Emmylou Harris, invitée de Daniel Lanois, annonçait le programme. Emmylou Harris n'est jamais l'invitée de personne. Quand elle participe à un spectacle, d'autrui ou pas, collectif ou non, elle est presque tout le temps là. Complice, solidaire. En harmonie. Hier, elle a été présente sur la grande scène de Wilfrid pour une bonne moitié des deux heures (sans entracte) du spectacle de Lanois. Présence vocale (ah! ce timbre d'ange!), présence physique (ah! ces cheveux d'une blancheur d'ange!), présence humaine (ah! ce sourire d'ange!): elle était pour Daniel Lanois une véritable soeur.

Une telle proximité ne se feint pas: cela se voit, s'entend, se sent. Regards intenses, gestes de tendresse, qualité d'attention réciproque. Et générosité exacerbée. Lanois aurait pu commencer seul, planter son décor. Mais non, d'entrée de jeu, elle l'a rejoint et, dès lors, c'était un spectacle à deux, avec trois musiciens autour, les cinq dans un tout petit espace au milieu de la scène. Collés serrés. Les deux voix dans les refrains se cherchaient et se trouvaient, comme si c'était la première fois qu'elles se rencontraient. C'était si beau à voir qu'on en oubliait de regarder l'écran géant derrière (tant mieux: il y avait un petit délai énervant entre la réalité et la transmission). Ils ont partagé ainsi The Maker, puis l'exquise Where Will I Be, dont les notes finales, en falsetto, touchaient au ciel. Emmylou a empoigné sa splendide guitare acoustique, s'est accordée longuement. Quelqu'un a crié: «You're beautiful!» Elle a rétorqué: «That doesn't help me tune...» Lanois, en frère protecteur, a ajouté: «You keep your hands off her!»

On a appris qu'une des deux guitares d'Emmylou n'avait pas atteint Montréal, égarée par la compagnie aérienne. D'où l'obligation de s'accorder. Pas grave. Sweet Old World de Lucinda Williams, Every Grain Of Sand de Dylan, Blackhawk et Still Water de Lanois, Orphan Girl de Gillian Welch n'étaient pas moins divinement terriennes. Emmylou a finalement quitté la scène: on savait qu'elle reviendrait. En l'attendant (j'exagère à peine), Lanois a fait son extraordinaire cinéma panoramique à la pedal steel, puis a rappelé ses origines québécoises en réunissant Jolie Louise, Pour ton sourire et Marie-Claire. Et puis oui, Emmylou est revenue, repartie, revenue encore. Quand elle n'était pas là, Lanois et ses gars en profitaient pour monter le volume et faire la guerre à la guerre. Mais c'est ensemble, après s'être chantés I Love You l'un l'autre, qu'ils ont dit au revoir. Un peu plus que frère et soeur.

Collaborateur du Devoir