Audacieuse Angelina

Lullaby Baxter: un nom inventé qui évoque les cabarets et autres «trucs mignons des années 50»...
Photo: Lullaby Baxter: un nom inventé qui évoque les cabarets et autres «trucs mignons des années 50»...

Les astres s'étaient alignés pour elle en 2000. Sortie de nulle part, ni musicienne ni choriste mais simple barmaid au Jello Bar et call-girl à ses heures, l'Italo-Canadienne Angelina Iapaolo s'était retrouvée avec un contrat chez Atlantis sous le pseudonyme Lullaby Baxter Trio après avoir épaté la galerie dans les bars de la ville. Six ans après son ascension spontanée, Lullaby Baxter, trio en moins, revient fouler les planches du jazz avec un album imminent (Garden Cities of To-morrow, à paraître le 11 juillet) qu'elle a longuement poli.

Quand on lui demande ce qui l'a si longtemps retenue, elle répond spontanément: «La vie... et le fait que je veux faire les choses comme je le veux, travailler avec les gens que j'apprécie, avec qui on peut développer une vision commune, alors il faut que je prenne tout le temps qu'il faut pour y arriver.»

Et elle y est arrivée, avec tout l'entêtement et l'audace dont elle est capable. Elle a fait la rencontre déterminante des membres du Great Balancing Act, un groupe rock de Moncton avec lequel elle a fusionné son matériel, au propre et au figuré, puisqu'elle a aussi eu un fils avec le claviériste de la formation! Résultat: exit l'accordéon, qui donnait le groove plus folk à son premier album, Capable Egg.

Ses petites comptines impertinentes sont devenues des ballades respirant la douceur des petits bonheurs simples (Sugar), pleines de sérénité et d'espoir (Mr Golden Happiness). Le titre de son nouvel opus, Garden Cities of To-morrow, fait d'ailleurs un clin d'oeil au livre d'Ebenezer Howard du tournant du XXe siècle, devenu une référence en matière d'urbanisme comme une promesse de meilleurs lendemains urbains.

«Il a compris à quel point les villes devenaient monstrueuses, avec les conditions de travail exécrables et la saleté, et il a eu cette idée de villes-jardins, qui jumelleraient le meilleur de la ville et de la campagne, rapporte-t-elle. Et ça revient aujourd'hui... Faire les choses localement, avoir plus d'espaces verts.»

Du côté de l'instrumentation, les multiples sonorités des synthétiseurs et des cordes ainsi que les petites percées de flûtes ou d'harmonica mènent Angelina vers une pop rétro jazzy qu'on pourrait presque qualifier de ringarde si ce n'était l'extrême agilité des arrangements et la chaleur caressante de sa voix. Ne manque-t-il pas un peu de piquant à cet album plus sage que le premier? «Je le trouve plus retenu, plus subtil, et c'est ce que j'aime.»

Il faut dire que la dame a grandi en sagesse depuis sa comète Capable Egg. «Il y a eu beaucoup d'apprentissage parce que, pour le premier album, j'ai tout eu tout cuit dans le bec, raconte-t-elle. Je n'avais aucune expérience. Là, je suis dans le méticuleux, la finesse du détail. Je comprends maintenant qu'il y a beaucoup plus de subtilités dans le chant et dans la manière de livrer les choses, j'ai découvert des octaves que je ne pensais jamais pouvoir chanter.»

Lullaby Baxter — un nom inventé qui évoque les cabarets et autres «trucs mignons des années 50» — a même réalisé une vidéo d'auteur pour la pièce Rattle Little Clam, qu'elle compte projeter pendant le spectacle de ce soir. Cinq musiciens (dont le claviériste et le batteur de Great Balancing Act) se joindront à la chanteuse, dont la personnalité un brin excentrique tend à déteindre sur ses performances. Elle nous réserve d'ailleurs quelques surprises...

La musique est donc devenue le port d'attache de cette artiste nomade née en Ontario et élevée en Alberta, qui a vécu à Montréal et à Moncton et qui s'apprête à s'installer à Calgary. «Je suis sans racines, confie-t-elle depuis un téléphone public du marché Jean-Talon. Je déménage si souvent que je ne possède pas grand-chose, ça tient en six boîtes.»

Ce qui laisse toute la place pour rêver à ses prochaines compositions, à son propre rythme...

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- Lullaby Baxter, au Club Soda ce soir à 19h.