Konono #1:la tradition rafistolée

Le groupe Konono #1 a été fondé dans les années 60.
Photo: Le groupe Konono #1 a été fondé dans les années 60.

La scène se passe à Kinshasa, dans une cour extérieure entourée de murs bariolés. Des haut-parleurs d'un autre âge font résonner une musique d'un autre âge. Des gens vident une dernière casserole avant de s'installer pour une danse en ligne pas comme les autres, les musiciens de Konono #1 s'installent avec leurs grands chapeaux de paille. Puis, les danseuses au balancement chaloupé vont dans toutes les directions. On est loin de la salle de concert occidentale. Les interprètes se débrouillent comme ils le peuvent, contournant l'amoncellement de vieux fils qui traînent. Un percussionniste assis bat la mesure sur des essieux. De vieux pianos à pouces nommés likembés sont branchés sur une vieille console à fils ouverts. Deux hommes frappent sur des congas faits maison. Des sifflets appellent à la danse. Puis, la cadence augmente vers la transe, provoquant les déhanchements les plus exubérants. Ces airs paraissent traditionnels avec leurs appels-réponses, mais tout est si amplifié, si distordu!

Cette soirée de danse est extraite de Congotronics 2, un formidable CD-DVD qui retrace les groupes de tradi moderne, dont Konono #1. «Le répertoire est bel et bien tissu de la tradition», relate Vincent Kenis, producteur de leur disque paru l'an dernier chez Crammed Disc. Puisqu'aucun d'eux ne parle le français ou l'anglais, il est également devenu l'interprète du groupe. «Ils vivent comme sur une île déserte et leur musique n'est pas faite pour nous. Ils ne connaissaient ni le rock ni le folk, peut-être un peu de funk. Mais les choses tendent à changer depuis qu'ils sortent du pays. L'évolution de leur musique pourrait donc s'avérer étonnante très bientôt, et des collaborations sont même à prévoir.»

Le leader Mawangu Mingiedi a fondé le groupe dans les années 60 en chantant des pièces des Bazombos, que sa famille connaît depuis toujours, et en électrifiant les likembés une fois rendu dans la capitale, depuis le Bas-Congo. Mais les jeunes poussent. «Ils conçoivent leur musique de façon plus collective, alors qu'auparavant, le rôle des musiciens était de suivre le chef. Et le fils de Mingiedi joue le likembé plus librement, de façon moins minimaliste et avec plus de virtuosité», fait valoir Kenis.

On ne sait pas jusqu'à quel point Konono est devenu populaire en République démocratique du Congo. «On sait par contre que lors du fameux match de boxe Ali-Fraser en 1974, chaque carrefour de Kinshasa était animé par un orchestre de tradi moderne. Aujourd'hui, les Congolais disent que c'est vieux, mais attention, les jeunes pourraient s'y intéresser dans le but de créer du neuf et de l'introduire dans le rap, par exemple.» Pour l'instant, à nous de danser au son de ces sonorités distordues.

Collaborateur du Devoir

- Konono #1, au Spectrum ce soir à 18h.