Paul Simon à la salle Wilfrid-Pelletier de la PdA - La perfection perfectionnée

Paul Simon: plus que parfait.
Photo: Jacques Nadeau Paul Simon: plus que parfait.

Un hommage, c'est bien, surtout un hommage aussi réussi que celui d'avant-hier (tout bon sauf la fin, de l'avis général), mais tout de même: l'original, le genuine, le vrai, l'authentique, l'estampillé d'époque, c'est fichtrement mieux. Et Paul Simon chantant Paul Simon comme il a chanté Paul Simon hier à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, c'est franchement incomparable. Mieux, c'est parfait. C'est ce que j'écrivais de son dernier passage, au Forum en 1991: un show parfait. Eh ben, quinze ans plus tard, c'est plus que parfait. La perfection perfectionnée, la grâce plus gracieuse, la souplesse plus souple, le raffinement plus raffiné. Et peut-être plus que tout, c'est le désir plus que jamais désirant de montrer à 64 ans qu'on est au moins aussi capable d'en donner qu'à 59.

Tout en mieux, vous dis-je? Détaillons. Le son: encore plus idéalement balancé, dans les moments délicats comme les moments à pleine puissance, parfois dans la même chanson (bel exemple: la formidable version de Diamonds On The Soles Of Her Shoes, avec l'explosion de percussions à la fin). Les arrangements: plus modulés, plus aboutis, tout simplement plus réussis (bel exemple: Mrs. Robinson, avec l'accent mis sur le riff de guitare, mais sans négliger le fameux refrain, plus la finale en Bo Diddley beat!). Les interprétations: plus senties, de toute évidence plus appréciées par leur auteur-compositeur, que je n'avais jamais vu plus souriant en 35 ans de fréquentation assidue.

Même le plus récent album, mélange pas trop heureux d'électro à la Brian Eno et de songwriting à la Paul Simon, était magnifié, réinventé sur scène. Outrageous, How Can You Live In The Northeast?, Father And Daughter, nourries de guitares, respiraient d'aise. Les chansons connues, elles, étaient très exactement comme on les souhaite: toujours reconnaissables, toujours bonnes à fredonner, mais invariablement injectées de sang neuf, plus vivantes et vibrantes. Ainsi Still Crazy After All These Years n'était pas proposée sans le piano électrique 70's de rigueur: la plus-value était dans les rondeurs du jeu, le souffle du saxo, la pertinence du texte chanté d'un point de vue de sexagénaire. Entre les belles de Simon & Garfunkel (les incontournables non contournées, The Boxer, Cecilia, Bridge Over Troubled Water, mais aussi le joyau retrouvé The Only Living Boy in New York), les chansons majeures des premières années en solo (Slip Slidin' Away, Loves Me Like A Rock, Me And Julio Down By The Schoolyard, mais aussi l'inestimable Duncan) et les explorations des musiques du monde (You Can Call Me Al, Graceland, Boy In The Bubble), la proportion était si satisfaisante pour les fans de toutes générations qu'à la fin, chaucun avait eu son show parfait. Ce qui, mine de rien, nous faisait 3000 shows parfaits en un. C'est dire.

Collaborateur du Devoir