Daniel Lanois - En attendant l'ange Emmylou

On est content de revoir Daniel Lanois, c'est entendu. Dame! C'est son septième FIJM, et nous avons été heureux les six autres fois. Mais les six autres fois, il n'y avait pas Emmylou. Au point de presse de Lanois hier après-midi, c'est forcément d'elle qu'on parle. Eh! C'est qu'Emmylou Harris, la grandissime dame du country-folk-rock, «Emmylou à la voix d'ange», est l'invitée inespérée du spectacle de Lanois, ce soir à Wilfrid. L'occasion est doublement à chérir: faut-il le rappeler, c'est Lanois qui, en 1995, avait réalisé Wrecking Ball, le disque le plus marquant d'Emmylou depuis ses débuts avec feu Gram Parsons. De là à tabler que des extraits seront au programme...

«Justement, nous étions à table l'autre jour chez Emmy, à Nashville, et nous nous demandions quels titres choisir... » Pourquoi pas tous? Et Lanois de sourire sous sa tuque. À ceux qui veulent garder intacte la surprise, ne lisez pas ce qui suit. «Nous ferons Orphan Girl et Blackhawk, que j'avais écrite pour Emmy, et aussi Where Will I Be. Une version bien jolie. Nous reprenons aussi une chanson de Lucinda Williams, Sweet Old World.» Plus le sourire s'élargit, plus il déballe. «Et puis Emmy chantera sur pas mal de mes chansons.» Du nombre: The Maker, Still Water, I Love You. «Sa présence sera palpable. En fait, nous procéderons à la manière de Van Morrison. Le groupe joue d'abord, et quand le groove est bon, Van suit. Quand le groove sera bon, Emmylou suivra.»

Autrement, ce sera du Lanois manières Lanois. Au pluriel. Lanois à la pedal steel en alternance avec Lanois à la guitare électrique distorsionnée. «Comme dans la vie, il y a des moments de pureté et d'impureté, résume l'intéressé. La pedal steel est pour moi une forme pure. Il est compliqué d'en jouer, il faut en faire le moins possible pour que ressortent les harmoniques et il faut être très bien accordé, mais quand tout va bien, l'émotion est très parlante. La guitare me sert pour témoigner des urgences de notre époque. Les guerres, les bombes et le pire mal qui soit, la suspicion.»

À la planète si mal en point, le natif de Hull offre une solution... locale. «J'ai mangé des fraises absolument succulentes hier. Des fraises du Québec. En saison. Pour moi, c'est la clé: attendre la saison des fraises et les faire pousser dans sa propre cour. Ne pas les acheter du Pérou, d'où elles partent encore toutes jaunes dans le camion. C'est une image, mais peut-être nous sommes-nous trop éloignés de notre nourriture.» S'il ramène Emmylou, on prépare les casseaux.

Collaborateur du Devoir