Elizabeth Kontomanou: 20 ans d'efforts pour un peu de gloire

Elizabeth Kontomanou a gagné le Victoire jazz de la musique cette année.
Photo: Elizabeth Kontomanou a gagné le Victoire jazz de la musique cette année.

Elizabeth Kontomanou aura galéré longtemps avant de goûter les louanges de la critique et les bravos d'un vaste public. Des années de chanson anonyme, de salles obscures, de budget bouclé à la cenne d'un contrat à l'autre dans les petits clubs de New York ou de Paris. Pas facile de garder le cap dans ces conditions: «Ça prend beaucoup d'énergie pour être capable de mettre tout son coeur dans sa musique si personne n'écoute», dit la chanteuse, qui vient tout juste de se révéler à la planète jazz.

En Europe, plusieurs jazzophiles se sont étonnés de la grande maturité musicale de Kontomanou sur son «premier» album bien distribué, Midnight Sun, paru chez Nocturne il y a près de deux ans. Cette voix immense, chaude, aussi sensuelle que puissante, totalement investie dans son chant, ces inflexions à la Abbey Lincoln — l'allongement des phrases —, cette façon de se frotter brillamment à des thèmes immortalisés par les plus grandes voix noires de l'histoire, Billie Holiday en tête, ces textures, cette élégance... En fait, tout élevait ce disque au-dessus de la moyenne. Et tout le plaçait loin, bien loin des productions pop-jazzy des émules de Norah Jones à la mode. Chez Kontomanou, pas de concessions: on puise bien sûr un peu dans le blues et la soul — héritage noir oblige —, mais l'approche est totalement jazz. Pur.

Elizabeth Kontomanou est alors sortie de l'ombre. Projecteurs. Victoire jazz de la musique cette année. Et tournée internationale, avec arrêt à Montréal ce soir. Le secret de ce succès est tout simple: 20 ans de travail, deux décennies de conviction que les choses allaient débloquer. «Impossible de continuer si tu n'y crois pas», disait récemment la chanteuse, jointe par-delà l'océan sur un portable capricieux qui amputait la moitié de ses réponses, déjà plutôt brèves. Sans revenir beaucoup sur son passé, elle avouera cependant «qu'il était temps que quelque chose se passe. On peut devenir presque fou à attendre la reconnaissance».

Elle raconte sa «découverte» par les médias: «J'ai toujours chanté, mais ça fait seulement deux ans que ça marche vraiment. Depuis que [la maison de disques] Nocturne m'a fait signer un contrat, qu'on a enregistré l'album avec [le trio du pianiste français] Jean-Michel Pilc, on a l'impression de me découvrir. Les gens parlent d'un disque abouti, mais c'est un peu normal. C'est le quatrième que je fais. Ce n'est pas un départ, vous voyez.» On voit.

Tout comme on remarque à l'écoute de Midnight Sun et du tout nouveau (et très réussi) Waintin' for Spring que la chanteuse aux origines mixtes (père guinéen et mère grecque; elle est née en France, a vécu longtemps à New York et fréquente maintenant la Suède) possède complètement le vocabulaire d'expression du jazz vocal. «J'ai commencé par écouter Carmen McRae et, après, je suis passée à travers toutes les grandes chanteuses jazz. Il y a quelque chose dans ces voix qui me touche beaucoup. Le jazz est venu naturellement parce que j'ai toujours aimé l'improvisation.»

On la verra donc ce soir en duo avec Jean-Michel Pilc, pilier du jazz français établi à New York: un cadre intimiste qui lui convient parfaitement, dit-elle. «Moi et Jean-Michel nous connaissons depuis tellement longtemps, on a beaucoup joué ensemble à New York. On se comprend naturellement. C'est la meilleure façon pour moi de faire un spectacle piano-voix.» Reprises et compositions sont au programme de ce premier spectacle donné au Québec.

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- Elizabeth Kontomanou, au Club Soda ce soir à 19h.