Musiques du monde - Éclatement tempéré

Une programmation diversifiée, quelques coups de coeur, peu de véritables découvertes, des revenants qui assurent; les amateurs de musiques du monde ont réservé aux artistes, sous les cieux menaçants, un accueil pondéré. Commençons par le meilleur: Baaba Maal au Spectrum. D'abord très folk, puis à dix avec des musiciens qui imposent une cadence incessante et des danseuses qui exécutent avec lui les chorégraphies les plus acrobatiques. Un véritable feu roulant jusqu'à la fin!

Une découverte africaine: The Refugee All Stars of Sierra Leone, un groupe formé dans les camps des réfugiés d'une guerre atroce. De la musique avec les moyens du bord. Très sympas, l'amour de la tradition, le reggae sautillant et percussif, de l'african jazz sans cuivres, ils ont le rythme entraînant sans être frénétiques. Tout comme le Malgache Donné Roberts qui, sans être renversant, sait toutefois charmer avec un folk pop allègre.

Montréal ville afrobeat? Vendredi soir sur la grande scène, Afrodizz en fait une vibrante démonstration: de l'afrobeat en «petite» formation à huit, de l'afrobeat serré qui se démarque de l'afrobeat, de l'afrofunk assassin! Le lendemain, les Elektrik Bones livraient un afrobeat multilingue en progression: tantôt frétillant, tantôt planant, tantôt soul.

La musique brésilienne là-dedans? D'abord Céu. Tenue pour fragile dans certains milieux de São Paulo, portée aux nues par la critique montréalaise, serait-elle la prochaine Bebel Gilberto? Certes non! Si elle manque encore visiblement de cette assurance préalable aux rendez-vous magiques, son mélange de samba soul brésilectro atmosphérique porte déjà. Quant à Monica Freire, aperçu trop brièvement sur la grande scène samedi soir, elle s'est révélée fidèle aux attentes: toujours aussi délicieuse, avec piano et bugle, en plus jazz que sur disque Exquis!

Les muses indiennes ont fait sentir leur présence. À commencer par le dj Cheb i Sabbah en trio qui les malaxe avec le Maghreb et la planète entière. Malheureusement, les deux percussionnistes enterraient ses savants mélanges. Mais la véritable rencontre avec l'Inde est venue de la série Contact qui permet d'excellents points de rencontres entre world et jazz. Trois artistes de Montréal et Toronto y présentaient leur vision: Tasa au vocabulaire plus éclaté, éclopé par une sono déficiente; Catherine Potter, son bansuri aérien, son atmosphère de recueillement, son double langage très bien intégré; Kira Ahluwalia, ses douces incantations mystiques, la noblesse dans l'envol et son folk métisse plus léger. Trois splendides fusionnistes!

Terminons par l'autre meilleur: Biréli Lagrène, rencontré durant trois quarts d'heure avec le New Gipsy Project: du Django, du Biréli, du jazz, de l'humour, d'extraordinaires complices, une époustouflante technique, des variations exceptionnelles, de la guitare à cent mille à l'heure, mais avec de l'âme et la faculté de renouveler le genre. Que dire de plus!

Collaborateur du Devoir