Festival international de jazz de Montréal - Amadou et Mariam: l'amour est aveugle!

Ils ont inventé le blues rock malien. Chez eux, on les considère comme les «patrons» et on les admire jusqu'à les craindre. Après tout, comment font-ils pour chanter et jouer aussi bien en ne voyant pas ou si peu. Lui: Amadou Bagayoko, funky brother à l'âme sereine. Le son fluide, le parfait balancement, des accords parfois répétitifs, des riffs ultra-efficaces; on a l'impression qu'il joue encore dans sa cour à pincer les cordes comme on le fait avec les instruments traditionnels. Elle: Mariam Doumbia, soul sister à la plainte plein la gorge. La voix haut perchée mais pas autant que les grandes cantatrices qu'elle admire depuis toujours, la mélopée parfois aérienne, elle s'amuse aussi à surfer dans les sphères plus monocordes, pouvant même parler et chuchoter dans les chansons.

Amadou et Mariam réussissent à attendrir profondément avec des paroles comme «je t'aime mon amour, ma chérie». Des textes simples, de tendres refrains, un sens de la mélodie hors de l'ordinaire; chacun possède cette capacité de projeter sa voix fragile aux limites de la fausse note. Musicalement, tout baigne. «Nous nous inspirons de toutes les musiques et de toutes les langues du Mali, explique fièrement Amadou. Si nous choisissons un idiome pour une chanson, l'influence du style de base transparaîtra. Si on joue dogon, on le fait sur un rythme dogon. Si on puise dans la culture mandingue, le son de la kora et du balafon détonneront sur ma façon de jouer la guitare. Ça change la technique d'une pièce à l'autre.»

L'an dernier, Dimanche à Bamako, quatrième disque international après six cassettes à distribution nationale, a raflé les grands honneurs: Victoire de la musique 2005 dans la catégorie Meilleur album world-reggae-ragga, nomination aux Grammy Awards pour l'album de l'année, consécration par les plus grandes revues américaines. L'album a été réalisé par Manu Chao, qui, tombé amoureux de la musique du couple, ne s'est pas contenté d'un rôle de soutien, composant et chantant avec eux, jouant dans presque toutes les pièces, injectant une dose de proximité et d'engagement. «Ce disque a tout changé pour nous, raconte Amadou. Depuis sa parution, nous tournons constamment et nous nous produisons devant des foules de 80 000 personnes. Cela bouleverse nos habitudes.»

Si Dimanche à Bamako donne l'impression d'un ménage à trois avec le célèbre Clandestino, la réalité est tout autre: «L'apport de Manu fut inestimable. Il a introduit des sons d'ambiance, en plus de nous transmettre sa conception de l'arrangement. Mais nous avons posé notre style là-dessus. Notre musique existait avant notre rencontre avec lui.» En effet! Alors que tout le monde attendait un concert avec l'ex-Mano Negra lors des Francos l'été dernier, le couple s'est permis, devant une foule médusée, d'imposer, avec son propre groupe, un répertoire électrisant. Résultat: l'une des plus fortes prestations de 2005 à Montréal.

Le 5 juillet prochain, Amadou et Mariam remettent ça dans le cadre de la soirée Paris Bamako, avec Ba Cissoko et Electro Bamako, qu'ils avaient invités en avril dernier lors de la présentation du festival du même nom dans la capitale malienne. «Le concert montréalais s'inscrit dans une série de spectacles que nous offrons partout en invitant des artistes que nous aimons. L'objectif est de contribuer au financement de l'Institut pour jeunes aveugles au Mali, un organisme qui a besoin de notre aide.»

À l'âge de quinze ans, la vie d'Amadou a basculé. Lui qui connaissait déjà la célébrité a complètement perdu l'usage de la vue à cause d'une cataracte congénitale. Il a rejoint Mariam à l'institut, laquelle s'y était retrouvée à la suite d'une rougeole mal soignée. Heureusement, elle a conservé un usage partiel de la vue. Ce fut le début de toute l'histoire.

Collaborateur du Devoir

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Amadou et Mariam

5 juillet, au Metropolis, avec Ba Cissoko et Electro Bamako