À voir à la télévision le mercredi 28 juin - Portrait cubiste du picasso de la chanson

S'il est un cinéaste qu'on associe aisément à l'univers de la musique populaire, c'est bien Martin Scorsese. Lui qui a filmé avec maestria le concert d'adieu du groupe The Band (The Last Waltz, 1976) et qui a réalisé un épisode de la série The Blues — qu'il a aussi produite pour PBS — rêvait depuis des lunes de s'attaquer à l'un des plus grands mythes de la planète pop: Bob Dylan. C'est chose faite avec No Direction Home: Bob Dylan, qui vient de remporter les honneurs au Banff World Television Festival (Grand Prix du jury et prix du documentaire artistique). Scorsese avait déjà filmé Bob Dylan pour The Last Waltz. De là à s'attaquer sur le mode biographique à un sujet aussi insaisissable...

Il a d'abord fallu convaincre Dylan, étoile fuyante s'il en est une, de se livrer en entrevue, retrouver les amis d'hier (Joan Baez, Allen Ginsberg, Al Kooper, parmi d'autres) et trier des kilomètres de pellicule témoignant de l'impact de cette comète, qui a traversé le ciel des sixties en laissant derrière elle une traînée de chefs-d'oeuvre pop.

Multipliant les sources et les angles, Scorsese a créé une sorte de portrait cubiste du Picasso de la chanson. Prétendre résumer le cas Dylan — qui tourne toujours et qui s'apprête à lancer un nouveau disque — aurait été se tendre le pire des pièges. Scorsese s'est plutôt concentré sur les années les plus fastes et les plus folles de l'elfe électrisant (1961-66), ce qui lui permet de donner plus de texture au trait tout en évoquant furtivement l'Amérique d'un temps révolu. En entrevue, Dylan apparaît comme un homme intelligent et candide, capable d'un détachement peu commun dans l'univers pop. Un film brillant, qui nous fait découvrir la complexité d'un artiste qui transcende toutes les modes et qui n'a pas encore plaqué son dernier accord.

American Masters / Bob Dylan PBS, 21h