Salut à Serge Fiori à la salle Wilfrid-Pelletier de la PdA - Pour lui dire merci en personne

Le premier grand spectacle en salle des FrancoFolies de Montréal constituait hier un hommage à Serge Fiori, l’âme dirigeante du groupe Harmonium.
Photo: Jacques Grenier Le premier grand spectacle en salle des FrancoFolies de Montréal constituait hier un hommage à Serge Fiori, l’âme dirigeante du groupe Harmonium.

Le revoir. L'applaudir. Lui dire merci en personne. Pour Harmonium. Pour le Fiori-Séguin. Pour les accords de 12-cordes qui résonnaient à l'infini. Pour les harmonies qui montaient au ciel. Merci pour tout. C'était ce que nous souhaitions du fond du coeur: sa présence. Et il était là. Serge Fiori avait trouvé en lui le courage de se montrer, première loge, avec sa mère et sa blonde. Arrivé avant le début du spectacle, des gens l'ont tout de suite vu, des applaudissements ont fusé, on s'est levés. On l'a ovationné. Évidemment, il a fondu en larmes, mais ne s'est pas sauvé.

De sorte que le spectacle a pu avoir lieu... pour lui. Avec nous tous pour témoins privilégiés. Chaque artiste a pu lui parler en le regardant dans les yeux. Après chaque chanson, les artistes et les spectateurs se tournaient dans sa direction, pour que les bravos lui soient aussi destinés. Tout le spectacle en était transfiguré. Bien sûr, c'était un show pour la télé, avec tout ce que ça suppose de coinçé aux entournures. Bien sûr que Wilfrid-Pelletier était caverneux et qu'on échappait bien des mots, surtout ceux que Stéphanie Lapointe ou Catherine Durand chantaient en toute délicatesse. Bien sûr que la mention du commanditaire Ford par Alain Simard dans son allocution d'ouverture de festival était à l'opposé de l'esprit des chansons de Fiori. Bien sûr que Boom Desjardins a bousillé Un musicien parmi tant d'autres sur scène comme sur disque. Mais tout cela était sans grande importance, car Serge Fiori nous était revenu et on pouvait lui chanter — en choeur avec les artistes — notre amour.

Digne de lui, le spectacle était ce que l'album-hommage aurait du être. Des versions heureuses, des artistes bien choisis. Pas de Bruno Pelletier. Pas de Nanette. Pas de France D'Amour. En lieu et place, on a eu Mes Aïeux plus souvent (leur lecture de Viens danser était explosion de joie), on a eu Catherine Durand plus souvent aussi (notamment en duo avec Marie-Jo Thério pour une exquise mouture guitare-accordéon de Vieillles courroies), on a eu Marc Déry avec Mes Aïeux (Si doucement) puis avec Stéphanie Lapointe (La Guitare des pays d'en haut), on a eu Marco Calliari extatique et déchaîné, entraînant toute la foule dans sa formidable version en italien et en français de Dixie, on a eu les gars de Loco Locass qui ont souverainement réinventé Comme un fou, on a eu Eric Lapointe géant dans L'Exil. Et on a eu la vraie de vraie chanteuse de L'Heptade, inestimable Monique Fauteux qui a repris Le Corridor avec sa fille, Julie Valois. Moment de grâce absolue: à travers elles, on était encore plus avec lui.

À la fin, comme de raison, quelqu'un a traîné Fiori sur scène, et il était trop défait pour résister. À tout hasard, il a mis brièvement la tuque en forme de fleur de lys des Loco Locass. Et puis on l'a porté en triomphe, comme un héros de foot. C'était trop pour un seul homme. Mais c'était ce dont nous avions besoin. Merci à Fiori d'avoir permis ça.

Collaborateur du Devoir

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