Concerts classiques - Lalo scherzando

C'est lors du second mouvement, Scherzando, de la Symphonie espagnole de Lalo que le concert dominical de Kent Nagano et Vadim Repin a décollé. Le premier volet avait fait craindre un dimanche «thé et biscuits» un peu fadasse, assuré par un soliste venu «cachetonner» et un orchestre fournissant le cadre minimum.

Mais cet Allegro non troppo n'était que le tour de chauffe d'une version détendue et sereine de la Symphonie espagnole, une vision pleine d'esprit aussi, à l'image de ces saillies amusantes des bois tout au long du fameux Scherzando. Le mot scherzando porte en lui un caractère ludique qui se prolonge dans un 3e mouvement tout en légèreté, en fines nuances, comme de la crème chantilly musicale. Puissant, mais pas grandiloquent, l'Andante qui suit est d'une pureté d'intonation merveilleuse, avant un Rondo final rapide, marqué par un accompagnement tout en dentelle et minimalement entaché par quelques impuretés d'intonation du soliste.

Tout l'esprit, la vivacité, les revirements musicaux de Lalo manquaient à Pulcinella, le dialogue goguenard du trombone et de la contrebasse n'étant que l'arbre qui cachait la forêt d'une lecture polie et élégante — même romantisée dans le troisième volet (contresens!) — d'une partition avant tout vive et pétillante. Plus que l'entrée manquée de la Tarentelle, on y a retenu d'admirables solos (Baskin au hautbois, Hutchins à la flûte) et Richard Roberts qui joue juste quand le «boss» est au pupitre et consent beaucoup d'efforts pour avoir l'air d'un concertmaster.

Avec la suite du Mandarin merveilleux, on abordait une partition visiblement travaillée en détail par le chef, avec des épisodes soigneusement articulés des dynamiques bien étagées et un discours éloquent. Comme dans Chostakovitch récemment, on aimerait, notamment dans le déchaînement final, que Nagano fasse quelques entorses à l'admirable propreté qu'il affectionne au profit de caractérisations sonores plus crues.

Collaborateur du Devoir