Réingénierie d'orchestre

La direction de l'Orchestre symphonique de Louiseville, aux prises avec de sérieuses difficultés financières, songe à couper des postes de musicien. La formation compte 71 membres à temps plein dont le contrat de travail arrivera à terme le 1er septembre prochain. Le déficit anticipé en 2005-06 frisera le demi-million $US.

La proposition patronale réduirait ce noyau dur en ayant recours à quelques musiciens contractuels, utilisés au besoin. Leur nombre n'est pas encore précisé. Le syndicat réplique qu'un tel système, expérimenté ailleurs dans le monde, s'est toujours révélé contre-productif, les pigistes pouvant distendre la nécessaire cohésion d'un orchestre symphonique.

Justement, un éminent chercheur de l'université McGill vient de mettre en évidence la trop faible productivité de l'Orchestre symphonique de Montréal et, par conséquent, celle de tous les autres du monde. La preuve en huit points reproduite dans le McGill Reporter rappelle tous les postes inutiles de la formation: le hautboïste et le percussionniste qui ne jouent pas trop souvent; les 20 violonistes qui suivent tous la même partition; le tourneur de pages, remplaçable par le pianiste lui-même si seulement celui-ci acceptait de taper quelques notes de moins à la fin d'un phrasé...

Le texte ironique note aussi qu'un seul compresseur à air pourrait remplacer tous les instrumentistes à vent et que l'orchestre a tendance à répéter certains passages musicaux ou pire, à les faire jouer en boucle par plusieurs sections différentes de l'orchestre. Le petit essai observe finalement que le chef d'orchestre, grassement payé, ne joue d'aucun instrument, tourne le dos au public et rend invisible le joueur de piccolo. «Un métronome bon marché ferait parfaitement l'affaire», conclut l'analyse.

Cette démonstration par l'absurde est signée par David R. Colman, directeur de l'Institut neurologique de Montréal, titulaire de la chaire Wilder Penfield de McGill. L'éminent chercheur voulait simplement démontrer les conséquences éventuelles, selon lui, des appels à la «complémentarité» des fonctionnaires du ministère de la Santé qui souhaitent rapprocher les deux futurs mégahôpitaux universitaires.