Le pari symphonique de Malajube

Le Saint-Laurent a à peine eu le temps de geler et de dégeler depuis la parution du premier album de Malajube. Déjà, la formation nous offre son second disque, Trompe-l’oeil, un petit bijou de musique rock qui confondra les sceptiques les plus sév
Photo: Jacques Nadeau Le Saint-Laurent a à peine eu le temps de geler et de dégeler depuis la parution du premier album de Malajube. Déjà, la formation nous offre son second disque, Trompe-l’oeil, un petit bijou de musique rock qui confondra les sceptiques les plus sév

L'aventure Malajube roule à la vitesse grand V. Si, en 2003, le groupe était à peine connu même des mélomanes les plus aguerris, il est aujourd'hui devenu un incontournable. Le premier album, Le Compte complet, paru en décembre 2004, s'est déjà écoulé à plus de 6000 exemplaires et a fait tourner bien des têtes, remportant même deux prix au Gala des MIMI l'an dernier. Avec le second opus, Trompe-l'oeil, auquel ont collaboré Pierre Lapointe et Loco Locass, la vague ne risque pas de se briser.

Bien qu'ils aient reçu des offres alléchantes de la part de plusieurs grosses étiquettes de disques, les gars de Malajube ont fait le pari de la fidélité en décidant de continuer leur périple avec leur maison de disques des premiers jours, Dare to Care Records. «On ne voulait pas signer pour trois albums avec une grosse maison de disques. Bien sûr, on aurait eu plus d'argent, mais c'était pas tout le monde dans le groupe qui était prêt à faire le "move"», explique le chanteur, Julien Mineau.

Cette seconde galette, Julien, son cousin Francis, Mathieu Cournoyer, Thomas Augustin et leur nouveau membre Renaud étaient plus qu'impatients de la faire. «Comme le premier disque durait juste une vingtaine de minutes, on avait composé des pièces pas mal vite après sa sortie», explique le claviériste Thomas, assis sur un sofa troué de leur tout petit local de répétitions, bondé de fils, d'instruments et de décorations hétéroclites. «Ces tounes-là, on les a traînées pas mal en spectacle, on était prêts à les faire sur album. Et on en a fait un trip de studio, on a pris notre temps, on a emprunté des instruments, on a enregistré sur du ruban... »

De tels détails ont fait en sorte que Trompe-l'oeil a coûté à Malajube 20 fois plus que Le Compte complet, qui avait nécessité «beaucoup de temps, de sueurs froides et de douleur physique» mais qui n'a exigé qu'une poignée de dollars. Sur le deuxième disque, ils ont «beurré épais, le plus qu'on pensait que c'était possible», confie Thomas. Résultat: on retrouve la même musique rock acidulée et survoltée bien particulière au groupe, mais avec une ambiance plus ample, bordée d'une multitude de claviers, de guitares acoustiques, de flûtes, de cordes et d'harmonies vocales qui donnent parfois aux 12 pièces des allures d'Harmonium. «À force de vouloir rendre ça symphonique, on aurait pu se perdre, mais on n'a vraiment pas été trop loin, estime Thomas. Le son du band est respecté.»

Maladie et amour

À l'écoute des textes de ce deuxième album, écrits par le chanteur Julien, on a l'impression de poser l'oreille dans un univers bizarroïde mais pas incompréhensible, à la fois terre à terre et vaporeux. Cette poésie, leur contact chez Naïve, la maison de disques française qui distribuera Malajube sur le Vieux Continent, la qualifie de «surréaliste». Thomas Augustin y va de sa vision: «C'est des syllabes qui sonnent bien.» Et le principal intéressé, qu'en pense-t-il? «Des fois, j'essaie de me camoufler derrière des choses ben étranges, juste pour ne pas dire quelque chose que les gens peuvent comprendre sur moi... »

À première vue, ces «choses ben étranges» prennent la forme de maladies. Julien se dit lui-même hypocondriaque — «des fois, j'ai peur que mon coeur arrête, qu'il explose» — et la thématique biologique lui semble chère. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à voir la pochette, une gravure montrant deux poumons et une fleur formant un étrange volatile. Mais il ne faut pas gratter très loin pour voir apparaître — en trompe-l'oeil, tiens — l'éternel sujet de l'amour. «L'amour, c'est le remède!», lance Thomas. Et vlan.

La suite des choses ne sera pas de tout repos pour Malajube. D'abord, la formation fera une tournée québécoise, puis ira faire un tour en France au printemps. «Si Les Trois Accords ont du succès là-bas, je ne vois pas pourquoi nous, on ne pourrait pas!», blague Julien. En mai, ils prendront la direction de la Scandinavie grâce à leur victoire dans un concours organisé par une boîte de promotion américaine. Et pourquoi pas un autre album d'ici 2007? Le chanteur y croit. «Si on se fait envoyer partout sur la planète, ça ne se fera pas, mais mon but avec Malajube, c'est de faire un disque par année, minimum.» Ce à quoi Thomas, plus pragmatique, répond: «Moi, mon but, c'est de faire ben de l'argent!» Et re-vlan.