Concerts classiques - Un soleil dans la nuit

Yannick Nézet-Séguin avait intitulé son programme «Musiques de nuit», deux oeuvres faisant explicitement référence à la nuit, quoique pour des raisons opposées (l'une liée à sa destination, l'autre musicale et atmosphérique), Pelléas et Mélisande regorgeant d'évocations nocturnes lourdes de menaces et le mouvement central du Concerto en sol de Ravel étant conceptuellement assimilé par le chef à un nocturne.

Jouant Mozart et Debussy avec le même nombre de cordes, Yannick Nézet-Séguin réussit la prouesse de faire sonner son Mozart avec légèreté, traduisant parfaitement l'énergie du premier volet, les phrasés ourlés du second, le rebond du troisième et les contre-chants de la fin du quatrième. Dans la suite de Pelléas arrangée par Leinsdorf, le jeune chef québécois réussit à créer plus de climats et d'alliages sonores que le transcripteur lui même dans son enregistrement officiel (Cleveland, 1946, version abrégée) et dans le concert édité par l'orchestre de Chicago.

Vérité stylistique

Il est étonnant que le Métropolitain qui traduit si bien les couleurs de Pelléas et Mélisande de Debussy, joue aussi mal le Concerto en sol de Ravel. David Fray en a vu d'autres. Lors du concours de 2004, l'OSM lui avait livré un accompagnement hideux et je-m'en-foutiste. Celui d'hier, tout aussi débraillé, surtout dans le premier mouvement, avait au moins le mérite de l'enthousiasme. Le pianiste n'avait cure de toutes ces fausses notes des vents ou du nombrilisme à l'eau de rose, façon Barbara Cartland, de la harpiste. Tel un soleil dans la nuit il a rayonné sur ce concerto, retrouvant la vérité stylistique détenue par les plus grands anciens — Monique Haas, par exemple — dans un mélange de faux détachement et de subtilité infinitésimale. Il a mis en lumière le sublime de ce concerto encrassé par tous les Jean-Yves Thibaudet et Hélène Grimaud de ce monde, pour citer les deux pianistes français les plus médiatiques de l'heure qui ont dévoyé la partition. Le coup de maître pianistique est tout aussi discret et fulgurant dans les Nuits dans les jardins d'Espagne. Dans ces deux oeuvres pour piano et orchestre, il y eut des trilles, des pianos subito, des decrescendos sur des montées ou descentes chromatiques, bref, des gestes pianistiques et musicaux fulgurants que je ne suis pas prêt d'oublier.

Collaborateur du Devoir