Exposition - Une histoire du téléviseur

La télé sur les téléphones portables serait la révolution de 2006? Pourtant, dès 1972 il existait un minitéléviseur portatif permettant de capter les émissions en se baladant dans la rue.

Le mégacinéma maison à haute définition? On peut lui trouver un précédent, avec le spectaculaire appareil allemand Komet de 1957, chef-d'oeuvre de design qui intégrait dans un immense meuble téléviseur, radio, tourne-disque et huit haut-parleurs haute fidélité.

L'histoire de la télévision, et celle des images qui ont changé nos vies, est indissociable de l'histoire technologique et commerciale écrite par des ingénieurs, inventeurs et hommes d'affaires habiles, sinon visionnaires.

C'est ce que démontre cette exposition fascinante présentée à compter de la semaine prochaine à la Cinémathèque québécoise de Montréal, exposition organisée autour des téléviseurs de Moses Znaimer.

Moses Znaimer, créateur à Toronto des chaînes CityTV, Bravo, MuchMusic, ainsi que MusiquePlus/MusiMax à Montréal, est aussi un collectionneur d'appareils de télévision, sûrement le plus important au Canada. Il a légué près d'une centaine de ses pièces à la Cinémathèque québécoise (96, pour être plus précis), dont un peu moins d'une quarantaine sont présentées au public. N'ajustez pas votre appareil est une exposition qui prend la forme d'un véritable parcours historique, commercial, technologique et sociologique sur les traces de la télévision.

Il n'existe pas un inventeur de la télévision: l'exposition met plutôt en lumière le travail de six chercheurs et hommes d'affaires, britanniques, américains et russes, qui ont tous perfectionné la technique de transmission des images. Dès les années 20, l'américain Jenkins arrivait à transmettre des images en direct au moyen d'un dispositif mécanique complexe et fragile, les radiomovies. Les images étaient en noir et rouge, et très tremblotantes, avec une résolution de 30 à 60 lignes (pour vous faire une idée, la norme actuelle est de 525 lignes).

L'exposition nous apprend, ô surprise, qu'une première station de télévision a été créée en 1931 par CKAC et La Presse, qui faisaient la démonstration de ce système mécanique dans les magasins Eaton, alors qu'il n'existait à l'époque qu'une vingtaine d'appareils au Canada.

Mais le procédé disparut rapidement dans les années 30, au profit d'un système électronique, grâce à l'invention du tube cathodique. Et le lancement «officiel» de la véritable télévision eut lieu en 1939, lors de la grande exposition universelle de New York, où RCA présentait ses modèles de téléviseur Art déco (l'exposition en présente trois, des objets très rares). Le meuble était énorme, et l'écran tout petit.

La convergence

Les actuels barons médiatiques de la convergence n'ont d'ailleurs rien inventé: David Sarnoff, président de RCA, fabriquait les téléviseurs et avait créé NBC, une chaîne de télé filiale de RCA, pour développer les programmes. Sarnoff contrôlait donc le contenu et le contenant!

Mais la guerre freina le développement de la télévision. Une fois les hostilités terminées, ce fut l'explosion: en deux ans, de 1947 à 1949, le nombre de téléviseurs aux États-Unis passa de 44 000 à 1,2 million.

Deux ans plus tard, en 1951, on comptait déjà 90 000 téléviseurs au Canada, ce qui inquiétait grandement le gouvernement canadien. Car les Canadiens vivant près de la frontière américaine pouvaient capter les ondes américaines. C'est pourquoi Ottawa, voyant venir le coup, mandata Radio-Canada pour créer une télévision publique nationale, ce qui fut fait en 1952.

L'exposition présente des appareils rares qui témoignent autant de l'évolution du design que des moeurs. Après les premiers gros meubles autour desquels se réorganisait le salon familial, on vit l'arrivée de téléviseurs aux formes arrondies en 1959, la ligne Predicta. Dans l'intervalle, dès 1954, RCA lançait aux États-Unis le premier téléviseur couleur, au coût de 1000 $ de l'époque! Il fallut attendre douze ans pour qu'au Canada on commence à diffuser en couleur.

Les années 60 voient arriver dans ce marché les Japonais, qui lancent la course à la miniaturisation, pour arriver à des trucs incroyables, comme cette montre-télévision de Seiko.

Autour des années 70, une autre révolution se produit: la compagnie japonaise JVC crée des téléviseurs en forme de satellites ou de casques d'astronaute inspirés de la conquête spatiale. Mais le fait qu'ils soient petits est encore plus important: on tente ainsi d'ouvrir un nouveau marché, auprès des jeunes, en expliquant au consommateur qu'on peut posséder un deuxième téléviseur, plus petit, et qu'on peut échapper à la grosse boîte du salon.

Pendant 60 ans, le téléviseur a été l'objet technologique le plus important de la maison, rappelle la Cinémathèque. Est-ce encore le cas? Avec le cinéma maison, les lecteurs DVD, les grands écrans et le couplage Internet-télévision qui s'en vient, c'est un objet qui ne semble pas prêt de perdre sa place centrale...

Le Devoir

N'ajustez pas votre appareil, une exposition gratuite à la Cinémathèque québécoise de Montréal, à compter du 11 janvier.

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En complément: Moses Znaimer a créé à Toronto, rue Queen, un Musée de la télévision qui regroupe sa collection. Il possède un site Internet fort intéressant (www.mztv.com) qui permet d'admirer sa collection et d'en apprendre plus sur l'histoire de la télévision.