CBC-SRC: le ministre du Travail force la reprise des négociations

Ottawa — «Je les ai enfermés dans mon bureau!» Voilà comment le ministre fédéral du Travail, Joe Fontana, a forcé le dialogue, hier, entre l'équipe de négociateurs de la CBC/Société Radio-Canada (SRC) et ceux du syndicat des employés mis en lock-out depuis six semaines.

Le ministre avait convoqué les équipes de négociation à le rencontrer à son bureau d'Ottawa, en compagnie de médiateurs, afin de les inciter à reprendre les discussions. Au terme de la rencontre, les deux parties ont accepté de poursuivre les négociations sur-le-champ.

Bien entendu, la porte du bureau du ministre n'était pas vraiment fermée à clé et les représentants des deux clans étaient d'accord pour se prêter à l'exercice, mais le ministre Fontana, bien connu pour son franc-parler, a dit n'avoir l'intention de les laisser sortir que si le conflit était résolu.

«Disons que cela peut être difficile de sortir de mon bureau si je m'y oppose, ce que j'entends faire», a fait valoir M. Fontana, à sa sortie des Communes.

Les 5500 employés de la SRC et de CBC à l'extérieur du Québec et de Moncton ont entamé, hier, leur septième semaine de lock-out. Si, jusqu'à présent, le public québécois n'a pas constaté vraiment les effets de ce conflit de travail, l'impact du lock-out devrait commencer à se fera sentir plus fortement cette semaine.

Au moment même où députés et ministres reprennent le travail aux Communes et que la nouvelle gouverneure générale, Michaëlle Jean, entre en fonction, le public sera privé de reportages en provenance des correspondants parlementaires à Ottawa, et ce, à la radio comme à la télé.

Les parlementaires ont d'ailleurs eu droit à un accueil loin de passer inaperçu en cette journée de reprise parlementaire, hier.

Dès 8 heures du matin, des centaines d'employés en lock-out de la société d'état déambulaient sous une pluie battante sur le piquet de grève érigé pour la journée sur le trottoir longeant les édifices du Parlement.

Pour le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Bloc québécois, ce conflit de travail a assez duré et il est temps qu'Ottawa agisse.

La ministre du Patrimoine, Liza Frulla, s'est retrouvée dans la mire des néodémocrates, qui ont questionné son leadership.

Mme Frulla n'a pas du tout apprécié, leur renvoyant la balle et les accusant de n'avoir pas fait de place à la culture dans le budget spécial (C-48) qu'ils ont imposé aux libéraux, au printemps, en échange de leur appui. «Je leur demande où ils étaient, eux, lorsque le projet de loi C-48 a été adopté? Est-ce qu'il y avait de l'argent pour la culture? Non. Y en avait-il pour CBC/Radio-Canada? Non. Alors, nous faisons notre devoir et nous n'avons besoin de leçons de personne», a argué la ministre.

Le chef du NPD, Jack Layton, n'a pu réprimer un sourire en réaction à cette déclaration de la ministre. «C'est un des commentaires les plus absurdes que j'ai jamais entendus», a lâché M. Layton, faisant remarquer que la ministre est «absente», qu'elle n'a pas de «leadership, ni de plan» pour résoudre la «crise».

Pour le chef du Bloc, Gilles Duceppe, il est temps que le gouvernement fédéral envoie un message clair qu'il n'appuie pas les intentions de la partie patronale de vouloir pourvoir des postes vacants en embauchant des employés temporaires.

«Il devrait prendre position, disant que le droit à l'information, c'est une chose et d'autre part, donner un financement récurrent à Radio-Canada [...] et envoyer un message clair qu'il ne faut pas multiplier les postes de temporaires», a déclaré M. Duceppe.