Télévision - Que fait Kiefer à Télé-Québec ?

L'agent antiterroriste Jack Bauer (Kiefer Sutherland dans le rôle de sa carrière) possède un sens remarquable du timing: en moins de 24 heures, il règle le sort du monde, c'est-à-dire celui des États-Unis. Et au bout de ces journées qui sont toujours les plus longues pour ces personnages crapuleux ou vertueux, on en redemande.

C'est ce que Télé-Québec a compris en programmant la troisième saison de 24 heures chrono, nous plongeant dans un nouveau complot terroriste aux ramifications internationales, dont le point de chute demeure Los Angeles, cette ville tentaculaire où ses habitants passent plus de la moitié de leur vie dans une bagnole. Les héros de 24 heures chrono n'y échappent pas, mais, lorsque le sort de la nation en dépend, avions privés et hélicoptères viennent à la rescousse. Est-ce que tout l'attirail technologique de la cellule antiterroriste viendra à bout de ceux qui s'apprêtent à lâcher un sale virus capable de tuer des milliers de personnes en moins d'une semaine? Pour couronner le tout, même Lothaire Bluteau va s'en mêler...

Dans cette brillante série qui donne l'illusion que l'action se déroule en temps réel, Jack Bauer, ses fidèles collaborateurs ainsi que le président David Palmer (Dennis Haysbert, l'autre grande star) doivent aussi composer avec des difficultés plus intimes. Celles-ci interviennent dans le bon déroulement de leurs missions périlleuses et dans le feu roulant de cette machine narrative, dont toutes les invraisemblances sont pardonnées, tandis que la dépendance de Jack envers des substances illicites et les amours du président, qui une fois encore viennent embrouiller son jugement, rendent le spectacle encore plus enlevant.

Malgré ses figures attachantes (Kim Bauer, Miss pieds dans les plats) et ténébreuses (Tony Almeyda à la croisée des chemins... ), utilisant des effets visuels d'une autre époque — dont l'écran divisé, qui a fait le bonheur de bien des cinéastes, dont Brian De Palma, dans les années 70 —, 24 heures chrono n'arrive pas à s'imposer dans le peloton de tête des émissions les plus regardées de la télévision américaine, reconnue pour son caractère impitoyable devant l'échec. Heureusement que le réseau Fox continue d'y croire, tout comme ses 15 millions de téléspectateurs, et que la quatrième saison ne scelle pas sa fin définitive. Les concepteurs, Joel Surnow et Robert Cochran, planchent sur de nouvelles aventures et l'idée d'une version pour le cinéma n'est pas exclue.

De son côté, Télé-Québec n'a pas arrêté sa décision sur l'éventualité de diffuser la quatrième saison l'an prochain. Dans la foulée du rapport Bédard, la série est devenue une vedette bien malgré elle, certains jugeant qu'elle n'avait pas sa place dans la programmation d'une télévision éducative. Bien sûr, si l'on tient compte des arguments économiques, avec une moyenne de 260 000 téléspectateurs (pour la deuxième série, sans compter les 39 000 lors de la rediffusion estivale) pour une émission dont chaque épisode ne coûte que 11 000 $, Télé-Québec fait une très bonne affaire. De plus, en quoi 24 heures chrono freine-t-elle la diffusion de contenu québécois, la nouvelle obsession de la ministre Line Beauchamp pour justifier le transfert de la production au secteur privé? L'an dernier, après un épisode, on a eu la bonne idée de présenter le magnifique film d'animation de Chris Landreth, Ryan, tout juste auréolé d'un Oscar; cette année, l'émission Pullsart profite de ce bassin important de téléspectateurs pour inciter les Québécois à découvrir les activités culturelles de leur région.

En quoi Télé-Québec trahit-il son mandat en diffusant 24 heures chrono? Avec ce suspense qui ne sacrifie rien à l'intelligence et aux subtilités de la géopolitique, la station conserve ce souci d'offrir, avec

parcimonie, des séries américaines de qualité (de Thirtysomething à Malcolm in the middle). Les exploits de Kiefer Sutherland, que l'on pourrait surnommer «Il va y avoir du sport!», gagneront sûrement de nouveaux adeptes, et la station obtiendra alors un plus grand bassin

de téléspectateurs. Les tenants d'une privatisation tous azimuts de Télé-Québec seront sans doute sourds à l'appel...

24 heures chrono,

dès le mardi 27 septembre à 21h,

sur les ondes de Télé-Québec
1 commentaire
  • Dominic Claveau - Inscrit 28 septembre 2005 16 h 14

    24 heures de paranoïa

    Traitez moi d'intégriste, mais je considère que télé-québec n'a pas à diffuser cette série à saveur de propagande anti- "terroristes" américaine... Je me fous des 200 et quelques milles téléspectateurs qui suivent la série et qui carbure à tous ce qui ce fait au sud de la frontière. N'ont-ils pas assez de TVA, TQS, SRC et tous ces postes américains à porté d'antennes satellites? L'argument que cela attire des téléspectateurs à télé-québec m'apparait falacieux. Ils changent de poste après!