Point de rupture, à Radio-Canada - Portrait saisissant d'un référendum

Radio-Canada diffusera dans dix jours un grand documentaire de quatre heures qui exposera les dessous du référendum de 1995, particulièrement les manoeuvres diplomatiques auprès de pays comme la France et les États-Unis, le manque de préparation du camp du NON à l'éventualité d'une défaite et le revirement important qui s'est produit lorsque Lucien Bouchard a plongé dans la campagne.

Ce projet, en préparation depuis trois ans à la télévision publique, a été financé dans le cadre du programme spécial créé par le président de Radio-Canada pour des projets «transculturels», c'est-à-dire commun aux deux langues. C'est ce même programme qui a financé les séries dramatiques Trudeau et Ciao Bella, diffusées en français à la SRC et en anglais sur CBC.

Ce documentaire, intitulé Point de rupture, sera diffusé les mercredi 7 et jeudi 8 septembre prochains à Radio-Canada, à raison de deux heures par soir, avant l'entrée en ondes la semaine suivante des nouvelles émissions d'automne. En principe, il sera diffusé la même semaine à CBC, mais étant donné le lock-out actuel, on ne pouvait garantir hier qu'il soit vraiment mis à l'horaire cette semaine-là.

Les équipes des réalisateurs-coordonnateurs Hubert Gendron et Mark Starowicz ont mené des entrevues exclusives avec la plupart des grands acteurs de l'époque, entre autres Jacques Parizeau, Jean Chrétien, Jean Charest, Daniel Johnson, Brian Tobin, Mike Harris, Preston Manning et les différents stratèges des deux camps. Lucien Bouchard a refusé toute entrevue, fidèle à la réserve qu'il s'est imposée depuis son retrait de la vie politique, mais il a fourni différents documents, dont des images jamais vues de son séjour à l'hôpital alors qu'il apprenait à marcher avec une prothèse.

Par contre, des demandes d'entrevues auprès des présidents Chirac et Clinton ainsi qu'auprès de Paul Martin et de Bernard Landry sont demeurées sans suite.

Sans contenir des révélations explosives, le documentaire, dont les deux premières heures ont été présentées hier aux médias, trace un portrait saisissant des dessous de la campagne référendaire.

Un aspect qui ressort particulièrement est le manque de préparation du camp du NON à une éventuelle défaite, possibilité qui n'était même pas envisagée avant l'intervention de Lucien Bouchard dans la campagne référendaire. L'ancien ambassadeur du Canada aux États-Unis Raymond Chrétien explique d'ailleurs avoir reproché à son oncle Jean Chrétien, dix jours avant la tenue du vote, le fait que les fédéralistes n'avaient «aucun plan B» advenant une défaite.

Le documentaire fait également l'objet d'un livre, portant aussi le titre de Point de rupture, écrit par Mario Cardinal, ancien ombudsman de Radio-Canada, publié ces jours-ci chez Bayard Canada. Le livre reprend les entrevues du documentaire en les approfondissant.

Ainsi, selon le livre de Cardinal, les suites d'un référendum «positif» continuaient à susciter des interprétations contradictoires dans le camp du NON quelques jours avant le vote. Le ministre de la Défense d'alors, David Collenette, n'excluait pas le recours à l'armée, semble-t-il, hypothèse pour laquelle Jean Chrétien affirme «n'avoir jamais été informé de quoi que ce soit».

Jean Chrétien laisse entendre qu'il n'aurait pas reconnu le résultat d'une majorité simple. «C'est bien beau, la majorité plus un, lance-t-il, mais on ne brise pas un pays si quelqu'un a oublié ses lunettes!»

Certaines personnalités canadiennes-anglaises font valoir qu'advenant une victoire du OUI, il aurait fallu mettre en place un gouvernement d'unité avec les représentants de tous les partis, mais sans Jean Chrétien.

Le document sera repris plus tard cet automne dans un DVD enrichi d'extraits supplémentaires d'entrevues et d'anecdotes.