Explosion du sida en Chine

Pékin - Le nombre de séropositifs en Chine a encore explosé l'an dernier, selon le rapport que vient de présenter le directeur du département d'épidémiologie du ministère de la Santé. Au 31 décembre, les porteurs du virus recensés étaient au nombre de 30 736, dont 1595 sidéens, ce qui donnerait une progression de 58 % par rapport à l'année précédente. Mais ces chiffres bas et notoirement faux ne représentent que la partie visible de l'iceberg, celle qui est déclarée par les provinces - dont les fonctionnaires sont promus s'ils ne déclarent rien, et punis s'ils disent la vérité. Ce problème des statistiques est universel en Chine, et afflige le gouvernement central de données fantaisistes concernant la croissance de la population, de la criminalité et, bien sûr, les chiffres d'affaires des entreprises.

Aussi, depuis dix ans, suivant la suggestion de l'OMS, le ministère de la Santé recourt également à une autre méthode pour suivre l'évolution du sida en Chine, à partir de "groupes cibles" (prostituées, camionneurs, héroïnomanes) à travers le territoire. Selon cette autre méthode, le nombre de sidéens en 2001 atteindrait plutôt 850 000, ce qui signifierait un taux de progression de 40 % par rapport aux 600 000 de l'an 2000. Le ministère précise que, de ce nombre, la masse des malades compterait pour près d'un quart en stade "final": 200 000, dont 120 000 déjà décédés.

Le sida demeurerait transmis, à 70 %, par le partage d'aiguilles entre héroïnomanes, surtout entre jeunes hommes: 80 % des malades seraient de sexe masculin et 53 % auraient entre 20 et 29 ans. Le fléau est le plus fort dans les régions de diffusion les plus anciennes, à l'ouest du pays: au Yunnan, frontalier du triangle d'or birman (dont certains disent qu'avec cette province chinoise, il serait devenu un carré), et sur les grandes routes de diffusion de l'héroïne, vers la Russie (au Xinjiang) et vers le Vietnam (au Guangxi et au Sichuan).

Encore loin de la contre-attaque

Toutefois, le mal gagne en virulence. Alors qu'aucune des 30 provinces chinoises n'est plus indemne, cinq d'entre elles ont rejoint le peloton de tête: au sud (Canton), au centre (Henan, Anhui), et dans les grandes villes de l'Est (Pékin et Shanghai).

Pour la première fois, le rapport officiel admet l'existence d'une catégorie minoritaire (9,7 %) de malades infectés par [sic] "le manque d'hygiène de compagnies faisant commerce du sang". Cet aveu constitue un léger progrès, mais avant tout un euphémisme sur le drame du sang contaminé dans le Henan. Selon les témoignages recensés dans la presse et ceux du corps médical local, suite à l'autorisation, des années durant, du commerce du sang sans normes médicales contraignantes, jusqu'à 20 millions de paysans du bassin du fleuve Jaune ont vendu leur sang, et dès 2000, les samizdats locaux faisaient état d'un million de contaminés locaux. Mais il est toujours impossible, suivant la discipline du Parti, de révéler l'ampleur du mal, sans en même temps incriminer des responsables qui sont hauts placés et toujours protégés - tel le directeur Liu Quanxi, patron des services de santé du Henan et, au moins jusqu'à 2000, propriétaire de plusieurs banques de sang par famille interposée.

Dans ces conditions, force est de constater que ni la source du mal, ni son ampleur ne sont aujourd'hui exposées. En dépit des plans nationaux de lutte contre le fléau qui se succèdent, les moyens pour lancer la contre-attaque ne sont pas encore réunis.