Ouganda - Le ministre de l'Information justifie l'arrestation d'un journaliste

Kampala — Le ministre ougandais de l'Information Nsaba Buturo a justifié hier l'arrestation d'un journaliste ougandais vendredi, en affirmant que ses commentaires sur la mort du leader soudanais John Garang risquaient de provoquer un génocide au Soudan.

Le journaliste ougandais Andrew Mwenda a été arrêté vendredi pour avoir animé, malgré l'interdiction du président ougandais Yoweri Museveni, une émission de radio sur les causes de la mort de l'ancien premier vice-président soudanais John Garang.

M. Mwenda a été arrêté un jour après la suspension de sa radio KFM, après les menaces du président Museveni de fermer les médias locaux qui continueraient à évoquer la piste terroriste dans la mort de M. Garang, tué le 30 juillet dans la chute de son hélicoptère.

Selon le journal indépendant Monitor, à qui appartient la radio privée KFM, le journaliste a été accusé de «sédition» car son émission a évoqué «la personne du président».

«Les déclarations fortes d'Andrew Mwenda ont été faites au plus fort des tensions au Soudan, qui avaient déjà provoqué la mort de plusieurs centaines de personnes», a affirmé le ministre dans un communiqué publié hier.

«Tout le monde se souvient de ce qui s'est passé au Rwanda en 1994», a ajouté le ministre, évoquant le génocide rwandais qui a fait près de 800 000 morts, essentiellement parmi l'ethnie minoritaire tutsie.

«Les émissions de la Radio Mille Collines ont conduit à la mort de citoyens belges et de centaines de milliers de Rwandais», a poursuivi M. Buturo. «Ni KFM, ni aucune autre radio ne devrait plus jamais être utilisée dans ce but», a-t-il ajouté.

La tristement célèbre Radio télévision libre des mille collines (RTLM) a joué un rôle crucial, par ses appels aux meurtres, dans le génocide. L'arrestation du journaliste a eu lieu alors que la suspension de KFM avait été condamnée par les organisations internationales de défense des journalistes.

M. Museveni a lui-même lancé une polémique sur la mort de M. Garang. Le 5 août, il a estimé que la chute de l'hélicoptère présidentiel ougandais n'était «peut-être pas un accident», à l'inverse de la thèse officielle, qui attribue l'accident notamment au mauvais temps ou à une éventuelle erreur de pilotage.