Concentration de la presse - Québec demandera à l'industrie de s'autoréglementer

La ministre de la Culture et des Communications, Diane Lemieux, répondra à la menace que fait peser la concentration de la presse sur la diversité de l'information par un projet de loi axé sur l'autoréglementation des entreprises de presse, le renforcement de l'éthique journalistique ainsi que des recours dont dispose le public. Elle propose également de créer un fonds d'aide à la presse indépendante.

Mais avant de présenter un projet de loi dont les grandes lignes ont été approuvées par le Conseil des ministres en juin dernier, Diane Lemieux a confié à un comité conseil «sur la qualité et la diversité de l'information» le mandat d'analyser ces quatre orientations ministérielles pour lui faire des recommandations d'ici janvier 2003. Le projet de loi doit être déposé au printemps de la même année.

La ministre s'est dit consciente de l'opposition que soulèvera son projet de loi parmi ceux qui profitent de la concentration de la presse, c'est-à-dire les grands conglomérats. «Mais j'ai la conviction qu'un gouvernement, devant les risques de dérives et le droit du public à l'information qui est clairement dans nos chartes, a le devoir d'essayer de trouver des réponses», a-t-elle livré au Devoir.

Présidé par Armande Saint-Jean, ex-journaliste de Radio-Canada et professeure à l'Université de Sherbrooke, le comité conseil est formé de 13 membres nommés par la ministre. On y retrouvera des universitaires, des journalistes et des représentants des entreprises de presse et du public. «Il y en a qui peuvent avoir des craintes énormes à ce que l'État intervienne sur ces sujets-là, c'est tout à fait légitime», a dit Mme Lemieux, qui compte sur ce «comité de sages» pour dissiper ces craintes. Le comité est également chargé d'encadrer des activités de recherche afin d'évaluer les effets négatifs de la concentration de la presse au Québec.

Selon un document ministériel, le gouvernement entend obliger les entreprises de presse à participer à un mécanisme d'autoréglementation. Ce sera toutefois aux médias de définir eux-mêmes «les paramètres d'imputabilité» et les critères de qualité et de diversité de l'information auxquels ils seront soumis.

Deuxième des quatre orientations ministérielles, les journalistes seront amenés à se doter de mécanismes d'encadrement professionnel. La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a déjà doté la profession d'un code déontologique mais n'a pas de mandat pour le faire appliquer. «Le métier de journaliste n'étant pas encadré par une corporation professionnelle, il n'existe pas de règles formelles et de principes d'éthique respectés de tous», avance la ministre dans son document.

Enfin, Diane Lemieux entend renforcer les recours dont peuvent se prévaloir les citoyens qui souhaitent dénoncer des situations inacceptables en regard de la qualité de l'information.

Que ce soit en matière d'autoréglementation des médias, d'éthique journalistique ou de plaintes en provenance du public, le Conseil de presse du Québec, un organisme privé sans but lucratif fondé il y a 30 ans et à adhésion volontaire, ne suffit pas à la tâche, estime la ministre. «Gérer les questions éthiques et les effets négatifs de la concentration de la presse uniquement par les plaintes au Conseil de presse, ce n'est pas suffisant», croit Mme Lemieux. Comme avec la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) et l'Office de la langue française (OLF), il faut aller au-delà du traitement individuel des plaintes, a-t-elle fait valoir.

Dans le dernier volet de son projet de loi, la ministre mettra sur pied un fonds d'aide à la presse indépendante. Ce fonds aura pour mandat de contribuer au démarrage des médias écrits et électroniques qui n'appartiennent pas aux conglomérats, tout en assurant une assise financières aux médias indépendants existants. Ce fonds favorisera l'offre d'information générale aux niveaux national, régional et local, lit-on dans le document, tout assurant la présence de médias indépendants partout sur le territoire québécois.