Léger vent d'optimisme au congrès mondial des journaux

Séoul — Un léger vent d'optimisme a soufflé à Séoul au 58e Congrès de l'Association mondiale des journaux (AMJ) qui, après des années de doute, se remet à croire que le journal écrit a encore un avenir même s'il reste fragile.

Les quelque 1400 dirigeants de la presse mondiale venus de 81 pays ont entendu des spécialistes leur expliquer que les quotidiens n'étaient pas encore morts s'ils se donnaient les moyens de lutter contre les assauts de la télévision et d'Internet.

Et ces moyens existent. Parmi eux: passage au format tabloïd, amélioration de la qualité rédactionnelle, utilisation optimale des nouvelles technologies ou stratégie agressive à l'égard de la presse gratuite.

«L'avenir, c'est le journal plus l'IT [technologies de l'information]», a affirmé hier le président Ryoki Sugita du groupe japonais Nikkei. Pour Arthur O. Sulzberger, le président du New York Times, «le défi est de passer d'une base imprimée à une base numérique».

Le rapport annuel sur «les tendances de la presse mondiale» publié lundi par l'AMJ était déjà rassurant: la presse écrite quotidienne mondiale a connu une «bonne année 2004» avec une progression de 2,1 % de ses ventes et de 5,3 % de ses recettes publicitaires.

La hausse globale de la diffusion, après un tassement en 2003, est toutefois venue essentiellement d'une forte croissance du marché asiatique, Inde et Chine notamment, alors que des reculs ont été enregistrés en Europe et aux États-Unis.

Les ventes des quelque 6580 quotidiens à travers le monde ont atteint un «nouveau sommet» de 395 millions d'exemplaires par jour, pour un lectorat estimé à plus d'un milliard de personnes, selon l'AMJ.

L'AMJ, qui a mené cette étude dans 215 pays et territoires, souligne également trois phénomènes importants en 2004: une forte hausse de la diffusion des journaux gratuits (non comptabilisée dans les statistiques des ventes), une augmentation de 32 % de l'audience des sites Internet des journaux et une accélération du passage au format compact ou tabloïd.

Des tabloïds, il a été beaucoup question à Séoul. Loin de se calmer, la fièvre des tabloïds prend l'allure d'une épidémie dont il est difficile de prévoir la fin, si l'on en croit les spécialistes.

«Le journal de 2020 sera de petite taille et aura des liens très étroits avec les médias numériques et les journaux Internet», prédit Mario Garcia, un des grands noms du design des journaux, qui conseille de nombreux quotidiens sur leur passage au format tabloïd, ou compact.

Selon l'AMJ, 36 % des journaux du monde ont déjà adopté le format tabloïd et la tendance s'accélère avec 56 passages au tabloïd pour la seule année 2004.

Plusieurs rédacteurs en chef ont fait part à Séoul de leur expérience réussie du passage du grand format au tabloïd.

Les assauts des journaux gratuits ont également secoué la presse traditionnelle. Pour Gavin O'Reilly, élu hier président de l'AMJ, «il s'agit d'un développement profondément négatif pour notre industrie».

Mais confrontés à cette concurrence croissante, les quotidiens payants traditionnels sont désormais passés d'une stratégie défensive à une attitude plus agressive de confrontation, d'association ou de développement de leurs propres gratuits.

Selon l'AMJ, on décompte aujourd'hui 112 journaux gratuits diffusant globalement à plus de 21 millions d'exemplaires dans une trentaine de pays. Dans certains pays, la part des gratuits est «impressionnante»: 29 % en Italie, 27 % au Danemark et surtout 40 % en Espagne.

Le 59e Congrès de l'AMJ se tiendra l'année prochaine du 4 au 7 juin à Moscou.