Le Devoir - Rapport annuel 2004

Le Devoir
Photo: Jacques Grenier Le Devoir

Il y a cinq ans, le paysage médiatique se trouvait subitement transformé au Québec à la suite d’une série de transactions qui ont poussé à des niveaux jamais atteints la concentration de la propriété des médias. Nombreux sont ceux qui se sont alors inquiétés de cette situation et de ses effets sur la diversité des sources d’information. Une commission parlementaire de l’Assemblée nationale et un groupe de travail ont étudié la question. Leurs recommandations sont toujours à l’étude par le gouvernement québécois. Pour sa part, le Sénat canadien a entrepris de se pencher à son tour sur le phénomène de la concentration.

Dans l’univers de la presse écrite, le cas du Devoir est unique au Québec. Il demeure, on le sait, le seul journal indépendant. Cette situation le laisse fragile sur le plan financier par rapport à des concurrents qui disposent de moyens devenus considérables par l’effet de la concentration. Par contre, elle lui assure une liberté exceptionnelle dans l’exécution de sa mission, qui est d’informer et d’alimenter la réflexion de l’opinion publique. Témoin libre et honnête de l’actualité, Le Devoir n’obéit qu’à ses propres critères pour établir son traitement des événements et la hiérarchie des informations qu’il présente à ses lecteurs. Ce fait ne peut être mieux illustré que par la couverture que nous avons faite du débat entourant le choix d’un emplacement pour le Centre hospitalier de l’Université de Montréal.

De tous les médias québécois, Le Devoir est le seul qui a fait le pari de la transparence. Ce journal, comme on le dit souvent, appartient à ses lecteurs, et nous avons l’obligation de leur présenter chaque année notre bilan financier. Animés de cet esprit, nous profiterons de notre assemblée annuelle pour rendre publique la politique d’information qui, chaque jour, nous guide dans la fabrication du journal.

Le bilan d’une année
Autant l’année 2003 avait pu rappeler la sensibilité de l’entreprise qu’est Le Devoir aux effets de conjoncture, autant 2004 aura démontré sa capacité à réagir et à se redresser. Que nous soyons passés d’une perte nette de 481 064 $ en 2003 à un bénéfice net de 213 244 $ en 2004 — ce qui constitue un revirement de près de 700 000 $ — témoigne du fait que les fondations de cette maison sont saines depuis la restructuration réalisée au cours de la précédente décennie.

Voyons plus en détail les résultats
de 2004
L’année s’est conclue avec un bénéfice qui s’élève à 301 816 $ avant intérêts et amortissements, et à 213 244 $ après intérêts et amortissements. Au cours de cette année, nos revenus ont atteint 15 613 431 $, en croissance de 8,7 % par rapport à l’année précédente. Pour leur part, les dépenses ont augmenté de 4,2 % pour atteindre 15 311 615 $. Quant aux intérêts et amortissements, ils ont représenté une somme de 88 572 $.

Au chapitre des revenus, le redressement effectué tient d’abord à une croissance notable des revenus tirés de la diffusion du journal. Ceux-ci ont été de 7 955 744 $, en hausse de 9,8 %. Au dernier trimestre de 2003, nous avions pris la décision de revoir la carte des tarifs d’abonnement, qui n’avaient pas été indexés depuis plusieurs années. Également, nous avions porté le prix de vente en kiosque de l’édition du samedi à 2,50 $ (taxes comprises). Ces deux décisions, qui ont eu leur plein effet en 2004, se sont révélées heureuses puisqu’elles ont permis d’augmenter substantiellement nos revenus, sans entraîner par ailleurs de contrecoups sur la diffusion du journal. Au contraire, les ventes ont continué de croître tout au long de l’année! Par ailleurs, l’engouement observé en 2003 pour la formule d’abonnement à la version électronique du journal s’est maintenu et même accentué. Les revenus générés par ce type d’abonnement prendront de plus en plus d’importance au cours des prochaines années.

Les recettes provenant des ventes d’espaces publicitaires ont aussi augmenté de façon remarquable, atteignant 7 283 576 $. Il s’agit d’une croissance de 7,2 %. Bénéficiant d’un contexte économique plus favorable qu’en 2003, nous avons inversé le mouvement à la baisse qui s’était alors amorcé. Toutefois, nous n’y serions pas parvenus sans l’effort collectif fourni par le service des ventes publicitaires. Celui-ci a été en partie réorganisé au cours de 2004 et le dynamisme de l’équipe qui s’y trouve est à souligner.

En 2004, les dépenses du Devoir ont été de 15 311 615 $, en hausse de 4,2 %. Cette croissance vient, d’une part, de l’augmentation de la diffusion, laquelle a un effet direct sur les frais d’impression et sur la ristourne versée à notre distributeur, Messageries Dynamiques. D’autre part, comme nos lecteurs l’auront remarqué, nous avons augmenté la pagination du journal le mercredi et accru le nombre de cahiers spéciaux dans le but d’offrir davantage de contenu à nos lecteurs. Ainsi, nous avons créé un nouveau forum appelé Agora et lancé le magazine Zéro-Douze. La tenue des élections fédérales a aussi entraîné des dépenses supplémentaires à la rédaction. Finalement, nous avons assumé les hausses de salaire prévues aux conventions collectives qui nous lient à nos employés.

Le Devoir n’est évidemment plus seulement un journal. C’est aussi un site Internet qui nous permet d’accroître à moindre coût l’audience du journal. Notre site reçoit chaque mois quelque 450 000 visiteurs uniques. La publicité qu’on y trouve ainsi que les abonnements à la version électronique du journal permettent de générer des revenus et contribuent à la profitabilité de l’entreprise. À la fin de l’année 2004, nous comptions tout près de 1400 abonnés à cette formule.

Les perspectives d’avenir
En ce début de XXIe siècle, Le Devoir évolue dans un environnement concurrentiel de plus en plus intense. Outre les autres quotidiens payants, il nous faut composer avec les sites Internet qui se multiplient, les réseaux d’information continue et les quotidiens gratuits de plus en plus présents. Toutefois, nous ne voyons pas cette concurrence accrue comme une menace, car la personnalité propre au Devoir, celle d’un journal de qualité, constitue un atout dans ce marché. En revanche, il ne faut pas minimiser l’importance des défis qui nous attendent.

Dans un tel environnement, il nous faut pouvoir investir d’abord dans le contenu, et l’une des façons d’y parvenir consistera à maîtriser la progression des coûts de fabrication et de distribution du journal. C’est avec cette préoccupation à l’esprit que nous avons abordé en 2004 le processus de renouvellement du contrat d’impression du journal, qui allait venir à échéance en juin 2005. L’impression du journal représente l’une des principales dépenses de l’entreprise.

Nous avons procédé à une révision serrée de nos besoins en ce domaine et examiné les diverses possibilités qui s’offraient pour y répondre. Au tout début de la présente année, le conseil d’administration a approuvé notre recommandation de confier à nouveau les travaux d’impression du Devoir à Quebecor World, avec qui nous avons signé un contrat de quatre ans débutant le 1er janvier 2005. Ce contrat reflète les conditions du marché actuel et nous permettra de conserver les frais d’impression du journal au coût le plus bas possible au cours des prochaines années. Quebecor est un partenaire commercial important et apprécié depuis près d’une trentaine d’années. En plus d’imprimer le journal, il en assure la distribution par le biais de sa filiale Messageries Dynamiques. Cette collaboration se poursuit donc dans les meilleures conditions possibles pour assurer la pérennité de notre journal.

Un autre défi majeur dans ce contexte de concurrence sera de maintenir et, si possible, d’accentuer la croissance du lectorat de notre journal. Nous avons enregistré des succès intéressants au cours des dernières années. Cela fut tout particulièrement manifeste avec notre édition du week-end, dont la diffusion a augmenté d’année en année depuis 1998 alors que plusieurs de nos concurrents enregistraient des baisses marquées. Ce résultat tient largement aux investissements que nous avons faits dans le contenu de cette édition. Nous devons toutefois accompagner l’effort d’enrichissement de ce contenu par un travail de mise en marché. Dans cet esprit, nous nous sommes associés, en 2004, à Diesel, une agence de publicité reconnue pour sa créativité, avec qui nous avons conçu une campagne de promotion et de publicité du journal.

Le fruit de ce travail a pu être vu au début de la présente année, alors que nous commencions la diffusion de cette campagne dont la signature est «On n’est jamais trop curieux». La curiosité est la qualité des gens qui veulent savoir et comprendre et nous leur disons que Le Devoir est là pour répondre avec précision et concision à leurs besoins d’information. Cela, il faut le faire savoir. Les efforts sur le plan de la promotion devront donc s’accentuer au cours des prochaines années. Nos lecteurs sont d’une grande fidélité, mais nous désirons qu’ils soient aussi plus nombreux.

Le Devoir aborde donc l’année 2005, année de son 95e anniversaire, avec confiance. Inutile de dire que nous avons toutefois l’oeil sur le rendez-vous de 2010, alors que nous célébrerons nos 100 ans, mais sans oublier, il va sans dire, ce rendez-vous quotidien que nous avons avec nos lecteurs. Jour après jour, c’est à eux que nous consacrons toutes nos énergies. Aux questions qu’ils se posent, nous voulons apporter des réponses. Nous partageons avec eux le même besoin de savoir et de comprendre. Il faut à cet égard louer l’engagement de tout le personnel du journal, qu’il soit de la rédaction, de la production, des services administratifs, du service à la clientèle ou de la publicité. Tous les jours, les lecteurs sont à même de juger de la qualité du travail de cette équipe. À cet égard, on me permettra de souligner l’appui exceptionnel que je reçois de l’équipe de direction, dont font partie Jean-Robert Sansfaçon, Catherine Laberge, Jules Richer, Nicole Calestagne, Christian Goulet et Germain Haeck.

À l’heure des remerciements, il me faut aussi souligner la contribution des membres du conseil d’administration sur lesquels je m’appuie pour diriger le journal. Ce sont des amis et des partenaires qui suivent d’un oeil rigoureux l’évolution de l’entreprise. Si le concours de tous est inestimable, on me permettra de remercier tout particulièrement notre président, Yves Duhaime, ainsi que Farès Khoury qui, au cours de cette année, a consacré sans compter temps et énergie pour nous aider à planifier le développement de l’entreprise.

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2 commentaires
  • Roland Duchesne - Abonné 25 mai 2005 16 h 49

    Vive l'indépendance

    J'aimerais féliciter le directeur et son équipe pour l'excellent travail réalisé au cours de l'année 2004. Le bénéfice $ récolté en fin d'année démontre la bonne marche de l'entreprise. Mais la croissance du lectorat démontre encore mieux le résultat qualitatif du contenu journalistique sans l'inféodation politique constaté chez les concurrents.
    Bravo et longue vie,

    Roland Duchesne

  • Pierre L'Allier - Abonné 26 mai 2005 03 h 31

    Félicitations

    C'etait le journal favori de mon père, et maintenant je suis abonné à l'édition électronique (en Angleterre).