Benoît Dutrizac est congédié par Télé-Québec

Benoît Dutrizac a appris la nouvelle de son congédiement vendredi par le producteur de l’émission les Francs-tireurs. — Source Télé-Québec
Photo: Benoît Dutrizac a appris la nouvelle de son congédiement vendredi par le producteur de l’émission les Francs-tireurs. — Source Télé-Québec

Sept ans après la création des Francs-tireurs, l'animateur Benoît Dutrizac a appris vendredi dernier que Télé-Québec ne voulait plus de lui.

«Je ne connais pas la raison de ce congédiement, la direction de Télé-Québec ne m'en a donné aucune, a-t-il expliqué au Devoir. C'est mon producteur [Zone3] qui m'a annoncé la nouvelle. Personne ne m'a dit que mon travail était mal fait. Si c'est à cause de mes opinions, ça regarde mal pour la liberté d'expression.»

Selon la version officielle transmise par un porte-parole de Télé-Québec (car la direction de la chaîne ne voulait pas parler directement aux médias), «après sept ans, Télé-Québec entend remplacer l'émission par un autre magazine similaire, et nous avons demandé à Zone3 de nous faire des propositions».

Il serait toujours question de mettre en ondes cet automne un magazine d'affaires publiques qui brasse des idées.

Mais, même sur cette question, la confusion régnait hier, puisque chez le producteur, la disparition des Francs-tireurs ne semblait pas définitive: le producteur travaille ou bien sur une nouvelle version de l'émission avec Richard Martineau flanqué d'un autre animateur, ou bien sur un autre projet d'émission.

Richard Martineau, coanimateur des Francs-tireurs avec Benoît Dutrizac, se faisait prudent: «C'est un conflit personnel entre Télé-Québec et Benoît, je suis spectateur là-dedans», a-t-il indiqué.

Ce n'est un secret pour personne que la p.-d.g. de Télé-Québec, Paule Beaugrand-Champagne, n'appréciait pas Benoît Dutrizac, une version que le principal intéressé confirme en ajoutant que «c'était réciproque».

Benoît Dutrizac avait, entre autres, critiqué la chaîne lors de son passage cet hiver à Tout le monde en parle à Radio-Canada, s'en prenant particulièrement à la façon dont Télé-Québec avait fait la promotion de son documentaire Manon, ce qui avait jeté un froid à l'intérieur de la chaîne. Mais, ajoutait-il hier au Devoir, «j'ai dit aussi qu'il fallait donner des moyens financiers à Télé-Québec, et j'ai été un des animateurs qui ont le plus défendu la chaîne».

À l'intérieur de l'émission, on faisait état de conflits grandissants entre l'animateur et une partie de l'équipe.

Pour le moment, Benoît Dutrizac se retrouve sans aucun projet particulier pour l'automne prochain. Il anime actuellement une émission du samedi matin sur les ondes de la radio 98,5 FM à Montréal.
4 commentaires
  • Jocelyne Lalonde - Inscrite 3 mai 2005 09 h 56

    Franc-parler

    Monsieur Dutrizac, qui sait certes nous toucher à l'occasion et présenter des entrevues et des reportages de grande qualité, avait, ces derniers temps, développé la fâcheuse habitude de donner dans le coup de gueule gratuit, insultes à l'appui. C'est très 'tendance', je sais, mais est-ce vraiment souhaitable?

    Je sais que l'on parle beaucoup de liberté d'expression au Québec, que l'on tient mordicus à ce privilège, à ce droit inaliénable diront certains, mais il m'arrive de me questionner sur la forme que lui donnent de plus en plus certains communicateurs de métier. Car que leur but soit d'informer ou de susciter le débat, en quoi l'utilisation de termes aussi vagues que provocateurs peut-elle servir ces fins?

    Cet espèce de laxisme qui tend à laisser croire que tout peut se dire et sous toutes formes n'a rien à voir avec quelque liberté que ce soit, puisque celle-ci se nourrit d'abord de respect. Ni non plus, ajouterais-je, avec le sens critique, qui lui se fonde sur des arguments moins spécieux et une terminologie plus exacte.

    Que s'est-il donc passé pour qu'on en vienne à croire qu'il est normal de se défouler sur les autres, d'exprimer sa hargne, ses peurs, ses préjugés sur la place publique et sous le couvert du droit à l'information? Je l'ignore, mais cela me trouble de penser que l'information cède de plus en plus la place au spectacle, alors que la communication, elle, se bute à l'intolérance et à la fermeture d'esprit.

    Peut-être suis-je élitiste, mais j'attends mieux de ceux qui ont une influence certaine sur l'opinion de ceux qui les écoutent. Et monsieur Dutrizac, qui a maintes fois fait la preuve qu'il savait saisir l'essentiel de plus d'un sujet, est de ceux-là, ne lui en déplaise.

  • Claudette Martel - Inscrite 3 mai 2005 16 h 19

    Plaidoyer pour Benoît Dutrizac!

    Quelle aberration! L'émission "Les francs-tireurs" de Télé-Québec est l'une des plus intéressantes qui soit grâce à la franchise et l'honnêteté de ses animateurs Martineau et Dutrizac. Bien sûr, certains les qualifieront de "baveux" mais merde, notre société a besoin de ce genre de journalistes qui n'ont pas peur des mots ni de leurs opinions et qui, soit dit en passant, reflète souvent ce que tous pensent tout bas. Je plaide donc en votre faveur, M. Dutrizac et ceci sans réserve, car vous n'avez jamais été offensant envers quiconque mais plutôt à la recherche de l'honnêteté et de la transparence chez vos invités et ça me plaît! Je garde espoir de vous retrouver l'automne prochain. Merde!

  • Claude L'Heureux - Abonné 3 mai 2005 16 h 43

    Vocation de Télé-Québec

    J'aime beaucoup Les Francs-tireurs et son irrévérence mais les sacres entendus sont de trop et représentent un manque de vocabulaire ou de propos inacceptables en ondes. D'autre-part la vocation d'informer et d'approfondir de Télé-Québec est d'autant plus importante que R.-C. s'en balance, même plus, s'applique à ce qu'il n'y en ait pas, question nationale oblige... Je suis même déçu de la facture, trop radio-canadienne, de "Il va y avoir du sport" animé par... Marie-France Bazo! L'émission aurait intérêt à être plus longue (deux heures) afin de permettre plus de profondeur. Madame Bazo devrait empêcher les invités de parler en même temps. Elle est à son meilleur à son émission du matin de R.-C..