Télévision - Leçon de justice

Le 9 décembre 2001, les services d'urgence de Durham, en Caroline du Nord, une ville de 200 000 habitants, reçoivent l'appel d'un homme désespéré, Michael Peterson: sa femme Kathleen vient de tomber d'un escalier et elle est mourante.

Kathleen Peterson meurt à l'arrivée des ambulanciers. Ses blessures et la quantité de sang autour d'elle soulèvent de sérieux doutes chez les policiers. Une semaine plus tard, Michael Peterson est mis en accusation pour le meurtre de sa femme.

Michael Peterson est une personnalité en vue dans la région. Ancien chroniqueur dans un journal, c'est un écrivain qui a publié trois romans sur la guerre du Vietnam. Sa femme est active dans la communauté. Un couple blanc, riche, et en apparence fort heureux, avec des enfants provenant de mariages différents, tous intégrés dans une nouvelle famille unie. Peterson clame son innocence, plaide l'accident tragique. On ne trouve aucune arme du crime. Mais le procès s'organise.

Cette histoire a passionné une partie de l'opinion publique aux États-Unis. Elle a donné lieu à cette série documentaire de huit épisodes, qui a fracassé des records d'écoute l'été dernier sur ABC et que RDI diffusera huit samedis de suite. Un docu-réalité exceptionnel sur une histoire tragique et ambiguë, qui nous fait découvrir de l'intérieur le fonctionnement de la justice américaine.

Le réalisateur, le Français Jean-Xavier de Lestrade, s'intéresse au fonctionnement de la justice depuis des années et son précédent film, Un coupable idéal, que Télé-Québec avait diffusé, avait remporté en 2002 l'Oscar du meilleur documentaire. Lestrade y avait suivi pendant des mois le procès en Floride d'un jeune Noir démuni que tout accusait de meurtre. Mais un avocat héroïque était parvenu à démontrer son incontestable innocence.

Cette fois-ci, il s'agit d'une histoire très différente. Auréolé de son Oscar, Lestrade s'est fait proposer par la chaîne HBO de filmer un autre fait divers représentatif de la société américaine (le projet a finalement été vendu à ABC et à Canal+ en France). Lestrade entend parler de l'affaire Peterson; il gagne la confiance de l'accusé pour en entreprendre le tournage, pendant plus d'un an. Il est autorisé à filmer la totalité du procès, qui débute en juillet 2003.

Le film, Soupçons (The Staircase en version originale), est vraiment exceptionnel. On a l'impression d'un véritable thriller judiciaire... et il faut se pincer pour se rappeler que nous avons devant nous les véritables acteurs de ce drame. C'est un formidable exercice documentaire, sans voyeurisme. Lestrade ne cache pas sa sympathie pour Peterson, un homme intéressant et complexe, brillant, avec des idées libérales (il faut l'entendre dénoncer la corruption dans la ville et le sort fait aux Noirs). Mais se peut-il qu'il soit vraiment coupable?

Dès le deuxième épisode de la série, les procureurs en font une affaire morale: ils ont découvert quelques zones d'ombre dans le passé de Peterson, dont le fait qu'il est secrètement bisexuel et qu'il a déjà menti sur ses blessures de guerre au Vietnam. C'est donc l'occasion de noircir la réputation de l'accusé. L'affaire se complique encore plus quand ils découvrent que, 17 ans plus tôt, une amie de Peterson est morte en Allemagne... en chutant dans un escalier; Peterson était le dernier à l'avoir vue.

On suit pas à pas la préparation du procès et certaines scènes sont fascinantes. Ainsi, on voit la défense tester ses arguments auprès d'un groupe type. Il faut également voir ce «coach» personnel de l'accusé préparer ce dernier au procès en lui faisant faire des exercices de relaxation, de pose de voix, de prononciation. Quant à l'avocat de la défense, il est meilleur que n'importe quelle vedette hollywoodienne qui aurait été engagée pour jouer un tel rôle.

La justice a tranché à l'automne 2003 et le huitième épisode filme le verdict. Si vous n'avez pas suivi cette affaire, on ne vous en dévoilera pas la fin...

Soupçons, début samedi 16 avril, RDI, 20h.