«Le Journal de Québec» sera désormais imprimé à Mirabel

La décision de vendre l’imprimerie de Québec n’a pas été facile à prendre, soutient Sébastien Ménard, éditeur et rédacteur en chef du « Journal de Québec », mais elle était nécessaire pour « assurer la pérennité » du quotidien.
Getty Images iStockphoto La décision de vendre l’imprimerie de Québec n’a pas été facile à prendre, soutient Sébastien Ménard, éditeur et rédacteur en chef du « Journal de Québec », mais elle était nécessaire pour « assurer la pérennité » du quotidien.

Le Journal de Québec annonce la fermeture de ses presses. Le quotidien sera désormais imprimé à Mirabel, où l’est déjà Le Journal de Montréal. Une mesure financière qui annonce une année difficile pour le monde de la presse écrite.

La décision « n’a pas été facile à prendre », a fait savoir jeudi matin l’éditeur et rédacteur en chef du Journal de Québec, Sébastien Ménard, dans une note adressée aux lecteurs et aux annonceurs du quotidien. Elle était toutefois nécessaire pour « assurer la pérennité du Journal de Québec », explique-t-il en montrant du doigt « la concurrence déloyale que livrent les géants du Web aux médias traditionnels, jumelée à celle de Radio-Canada ».

Ce changement à venir permettra donc de réunir l’impression des deux quotidiens d’information de Québecor au même endroit.

À noter que Le Devoir est également imprimé dans les presses de Québecor. Le quotidien de la rue Berri continuera d’être publié dans la région de Québec, mais les exemplaires qui y sont destinés seront dorénavant eux aussi produits à Mirabel.

La fermeture de l’imprimerie de Québec, qui avait pignon sur rue dans le secteur Vanier depuis plus de 50 ans, entraîne le licenciement de 21 employés. Les presses devraient cesser leurs activités le 4 février.

Heure de tombée devancée

Le syndicat de l’imprimerie, qui n’a été mis au courant de la décision que mercredi soir, s’est montré avare de commentaires jeudi. « Le syndicat doit procéder à une analyse approfondie de tous les angles de la situation. Nous devons entamer des négociations avec l’employeur afin de faire valoir les droits des employés. Nous ne commenterons pas davantage la nouvelle pour ne pas nuire à ces importantes discussions », a indiqué par communiqué le conseiller syndical Marc-André Roy, du Syndicat canadien de la fonction publique.

La direction du quotidien, elle, s’est faite rassurante quant à l’avenir de l’édition papier. Le Journal de Québec continuera d’être imprimé et livré six jours par semaine, a assuré Sébastien Ménard. Et comme les installations de Mirabel sont plus modernes, Le Journal de Québec sera dorénavant entièrement imprimé en couleur. Dans sa lettre aux lecteurs et aux annonceurs, l’éditeur et rédacteur en chef s’est aussi engagé à accroître la couverture locale dans les pages du Journal de Québec.

En revanche, la relocalisation de l’impression du quotidien l’obligera à devancer son heure de tombée, et donc à adapter son approche quant aux événements se déroulant en soirée. Ces derniers seront toujours couverts par des journalistes, mais leurs articles seront uniquement accessibles en version numérique.

Crise permanente

Il y a moins d’un mois, Québecor avait déjà annoncé la fin de l’édition papier du dimanche du Journal de Montréal et du Journal de Québec à compter de 2023, en raison encore une fois de « la concurrence mondialisée des géants du Web » et des difficultés à recruter des camelots.

Deux mauvaises nouvelles survenant coup sur coup et qui laissent présager une année difficile non seulement pour Québecor, mais pour tous les médias écrits, insiste le professeur de journalisme Patrick White. « La crise des médias est permanente. Il y a eu une embellie pendant deux ans à cause des revenus de la publicité liée à la COVID. Mais tout ça est bel et bien terminé. On croyait que la crise était passée, mais finalement, le pire est peut-être devant nous quand on voit les licenciements aux États-Unis et partout dans le monde », poursuit celui qui enseigne à l’École des médias de l’UQAM.

Patrick White cite aussi le prix élevé du papier pour expliquer les difficultés actuelles de la presse écrite partout dans le monde. Un contexte qui, selon lui, forcera les médias à faire des choix difficiles dans les mois et années à venir quant à leur édition imprimée. Déjà, La Presse est uniquement numérique depuis 2017. Et les quotidiens des Coops de l’information ne sont pour leur part qu’imprimés le samedi.

« [La fin de l’impression à Québec], ça annonce peut-être la fin à moyen ou long terme du papier chez Québecor. Mais Québecor croit encore clairement au papier pour l’instant. Que ses deux quotidiens continuent d’être imprimés six jours par semaine, ça envoie un message fort. Il faut quand même s’attendre à ce que le numérique continue à prendre de plus en plus de place dans les prochaines années », souligne Patrick White, qui a été chef des nouvelles au Journal de Québec de 2006 à 2009.

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