PKP rappelle à l’ordre Fitzgibbon

François Legault doit rappeler à l’ordre son ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, après ses « attaques répétées » contre les journalistes des médias de Québecor, estime son président et chef de la direction, Pierre Karl Péladeau. C’est « indigne » de sa fonction de ministre et c’est une atteinte grave à la liberté de presse, juge-t-il dans une lettre envoyée directement au premier ministre.

« Nous nous en remettons à vous pour que cette situation, nocive au travail indispensable des journalistes et à leur liberté d’expression, cesse. Il en est de votre devoir puisque vous êtes, de par vos fonctions, investi et garant des valeurs démocratiques de notre nation », écrit Pierre Karl Péladeau dans sa missive, dont Le Devoir a obtenu copie.

La semaine dernière, le ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, a publié sur ses réseaux sociaux sa réponse à une demande d’entrevue du journaliste Francis Halin, du Journal de Montréal. Ce dernier le questionnait sur son don personnel de 5 millions de dollars à HEC Montréal. Il voulait savoir pourquoi le ministre n’avait pas attendu la fin de son mandat ministériel pour faire l’annonce de ce don testamentaire et s’il estimait que ce geste envoyait un mauvais message aux autres universités.

Selon M. Fitzgibbon, l’intérêt du journaliste était « mal intentionné et de mauvaise foi ». C’est pourquoi il a voulu rendre ses questions publiques. « Trop souvent, les Québécois ne voient pas l’agressivité et la mauvaise foi de ces questions au quotidien, souvent posées par le même groupe de presse. Les missions commandées ont trop souvent pris le dessus sur le journalisme sérieux et rigoureux », écrivait-il.

Dans la foulée, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a dénoncé ce geste qui « s’apparente à de l’intimidation ». L’organisation a demandé au ministre de retirer son message et d’offrir des excuses publiques à Francis Halin. Étant donné les antécédents en matière d’éthique de M. Fitzgibbon, il était justifié, selon elle, que ce genre de questions lui soient posées. La demande de la FPJQ est toutefois restée sans réponse.

Dans sa lettre, Pierre Karl Péladeau note que ce n’est pas la première fois que le ministre Fitzgibbon s’en prend à des journalistes de Québecor. Il cite cinq exemples, dont la fois où le ministre a lancé en juin « vous arrêtez, vous fouillez dans les poubelles, là » à un autre journaliste du Journal de Montréal, trouvant ses questions sur ses relations avec un lobbyiste trop insistantes.

« C’est une chose que d’être irrité par les questions des journalistes, que de ne pas apprécier le traitement médiatique accordé à une annonce, c’en est une autre que de livrer une charge grave et outrageante contre des journalistes ou un groupe de presse qui effectuent leur travail en toute légitimité et légalité », ajoute M. Péladeau dans sa lettre à M. Legault.

Les missions commandées ont trop sou­vent pris le dessus sur le journa­lisme sérieux et rigoureux

 

Selon lui, les « accusations ciblées, mensongères et diffamatoires » de M. Fitzgibbon « dépassent l’entendement ». Elles portent non seulement atteinte à la réputation des journalistes ciblés, mais constituent également « des gestes attentatoires à la liberté de presse ainsi que, par extension, à notre démocratie ».

Il insiste sur le fait qu’être élu vient avec un certain nombre de responsabilités, dont celle de rendre des comptes à la population.

Contacté par Le Devoir, l’attaché de presse de François Legault, Ewan Sauves, a indiqué que « tout comme les rencontres privées, nous ne commentons pas les correspondances privées destinées au premier ministre ».

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