Les nouvelles internationales ont marqué les Québécois en 2022 

La mort de la reine Élisabeth II se place au septième rang des événements les plus marquants de l’année 2022, selon un sondage de la firme Léger mené au Québec.
Victoria Jones Associated press La mort de la reine Élisabeth II se place au septième rang des événements les plus marquants de l’année 2022, selon un sondage de la firme Léger mené au Québec.

Guerre en Ukraine, accès à l’avortement aux États-Unis, révolte des Iraniennes : ces nouvelles internationales se sont retrouvées à plusieurs reprises en manchettes des médias d’ici. Mais elles ont surtout touché personnellement les Québécois, qui les classent parmi les événements les plus marquants de l’année 2022, selon un récent sondage.

« Ça m’a vraiment surpris. On dit souvent que les Québécois s’intéressent peu aux nouvelles internationales, mais ça vient montrer qu’au contraire, ça les touche beaucoup, même quand ce sont des événements loin de nous », dit Philippe Léger, chargé de projet à la firme de sondage Léger et collaborateur à l’émission Dans les médias de Télé-Québec.

L’émission a dévoilé mercredi soir les résultats d’un sondage exclusif, réalisé en collaboration avec la firme Léger, sur les événements marquants de la dernière année. Résultat : les Québécois sont plus que jamais connectés sur le monde.

Presque la moitié des répondants ont estimé que la guerre en Ukraine était un événement marquant de leur année, hissant la nouvelle en deuxième place du classement, tout juste après l’inflation et la hausse des prix. En troisième place, on trouve la décision de la Cour suprême des États-Unis d’invalider la protection du droit à l’avortement. La mort de la reine Élisabeth II se place au septième rang, tandis que les manifestations des femmes en Iran sont en neuvième place.

Que ce soit l’accès à l’avortement aux États-Unis ou les manifestations des femmes en Iran, ce sont des questions qui touchent les droits et libertés des femmes, des sujets très importants chez nous

 

Pour cette analyse, la firme Léger a mené un sondage en ligne entre le 11 et le 13 novembre auprès de 1007 Québécois de 18 ans ou plus. Ils devaient choisir, parmi les 37 événements proposés — sélectionnés en amont en fonction de leur présence marquée dans la couverture médiatique —, d’un à trois événements qui les ont le plus « marqués personnellement ».

« C’est vraiment impressionnant de voir autant de sujets internationaux en haut du palmarès », a déclaré Jean-Frédéric Légaré-Tremblay, ancien journaliste au Devoir et désormais conseiller au CERIUM. Il n’est cependant pas si surpris. Il y a une tendance, dit-il, à s’intéresser de plus près aux nouvelles internationales ces dernières années. « Avec le recul de la démocratie, la montée de l’autoritarisme ou la perte de leadership des États-Unis, ça crée une incertitude, une instabilité qui entraîne des événements perturbateurs et inusités, comme la guerre en Ukraine. »

Il remarque par ailleurs une dimension sociale et humaine dans les quatre sujets d’actualités internationales qui se sont glissés au sommet du palmarès. « Que ce soit l’accès à l’avortement aux États-Unis ou les manifestations des femmes en Iran, ce sont des questions qui touchent les droits et libertés des femmes, des sujets très importants chez nous. Ça attire notre attention, on est très sensibles à ces questions », poursuit M. Légaré-Tremblay.

On se préoccupe aussi de certains événements internationaux parce qu’ils finissent par avoir un impact direct sur nous. La guerre en Ukraine, par exemple, est en partie responsable de l’inflation au Canada.

Couverture accrue

Et si les nouvelles internationales marquent tant les esprits, c’est peut-être aussi parce que les médias d’ici les ont abondamment couvertes, avance l’ex-journaliste.

Avant même l’invasion officielle de l’Ukraine par la Russie le 24 février, plusieurs médias traditionnels avaient envoyé des journalistes sur le terrain pour raconter comment les citoyens se préparaient au pire. Les mois suivants, ils ont été plusieurs à rester dans les parages ou dans les pays limitrophes pour raconter la guerre dans une perspective québécoise.

Même scénario ce printemps, lorsque la Cour suprême américaine a décidé d’invalider le droit à l’avortement. Les journalistes se sont pressés de l’autre côté de la frontière pour donner la parole aux femmes, couvrir les manifestations ou visiter les dernières cliniques d’avortement encore ouvertes dans certains États.

« C’est normal de s’intéresser aux affaires étrangères par le prisme de notre intérêt national. Avoir des plumes, des voix, des visages d’ici permet de mieux expliquer les enjeux et de joindre les Québécois en les intéressant à ces nouvelles », soutient M. Légaré-Tremblay.

Celui qui plaide depuis des années pour une couverture médiatique plus large à l’international — et qui a cofondé en 2018 le Fonds québécois en journalisme international — espère que cette habitude va perdurer. « Dans un monde idéal », dit-il, les grands médias devraient avoir des correspondants à l’étranger à temps plein ou une équipe de journalistes dédiés aux actualités internationales prêts à partir en tout temps. « On n’est pas encore là. »

Sujets « médiatico-médiatiques »

Par ailleurs, le sondage Léger-Dans les médias vient démontrer que certaines nouvelles ayant défrayé la chronique n’ont pas pour autant retenu l’attention des Québécois. C’est ce que Philippe Léger appelle des « sujets médiatico-médiatiques », qui font polémiques et nourrissent les débats sans pour autant marquer les esprits.

À titre d’exemples : le discours de Guillaume Lemay-Thivierge aux Gémeaux (37e et dernière place), la sortie du film Arlette avec Maripier Morin (36e), la visite du pape François au Canada (34e), l’expulsion des candidats d’Occupation double (32e) ou encore la gifle de Will Smith au gala des Oscar (29e).

« Est-ce que les médias ont trop couvert ces sujets-là, par rapport au réel intérêt des Québécois ? » La question est lancée.

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