L’échange entre Justin Trudeau et Xi Jinping dans la mire des médias internationaux

Mercredi dernier, le président chinois a reproché à son homologue canadien d’avoir divulgué des informations aux médias quant à leur rencontre de la veille.
Sean Kilpatrick La Presse canadienne Mercredi dernier, le président chinois a reproché à son homologue canadien d’avoir divulgué des informations aux médias quant à leur rencontre de la veille.

Cela fait à peine 24 heures que Justin Trudeau s’est fait rabrouer par Xi Jinping en marge du sommet du G20, et de nombreux grands médias internationaux ont déjà couvert leur échange. Il semblerait que pour plusieurs d’entre eux, cette conversation spontanée s’avère emblématique de l’attitude du président chinois à l’égard des pays démocratiques et de leur liberté de presse.

« Bien que M. Xi ait la réputation d’être un homme fort, son image est soigneusement gérée, et la conversation de 40 secondes a offert un aperçu inhabituel de la façon dont il interagit avec d’autres dirigeants », a affirmé Chris Buckley, correspondant en Chine pour le New York Times, dans un article sur l’échange entre les deux hommes.

Le président chinois reprochait à son homologue canadien d’avoir divulgué des informations aux médias quant à leur rencontre de mardi. « Tout ce dont on a parlé a fuité dans les médias », ce qui n’est « pas approprié », avait-il dit. « Nous croyons au dialogue libre, ouvert et franc », avait répliqué Justin Trudeau.

Louis Blouin, un journaliste de Radio-Canada qui suit M. Trudeau lors de ses nombreux voyages ce mois-ci, a révélé sur Twitter que l’échange a été filmé in extremis par David de la Harpe, un caméraman de Global News qui capte des images du voyage officiel pour les médias canadiens.

Des extraits de longueurs différentes ont été produits à partir de la captation originale de M. de la Harpe. L’extrait ci-dessous a été partagé par le New York Times et a été vu près d’un million de fois sur Twitter.

Plusieurs autres extraits ont été maintes fois été partagés sur Twitter, dont un qui cumule plus de 9 millions de vues, et un autre qui en a récolté plus de 3 millions.

D’autres grands médias internationaux ont donc aussi publié sur l’échange entre les deux politiciens, dont CNN, la British Broadcasting Corporation (BBC), Radio France internationale, France 24, France Info, BFMTV, et plusieurs autres. Des médias chinois s’y sont également intéressés, comme le South China Morning Post, un journal anglophone basé à Hong Kong.

« Le ton est sec, parfois glaçant, mais toujours cordial », ont commenté des journalistes de France Info. Stéphane Lagarde, correspondant à Pékin pour Radio France Internationale, a plutôt souligné le caractère inhabituel de l’échange : « Ce n’est pas la brouille entre Xi Jinping et Justin Trudeau qui est inhabituelle, c’est le fait qu’elle soit publique. Le président chinois s’adresse au premier ministre canadien sur un ton posé, il sourit un peu comme s’il donnait une leçon à un jeune écolier. »

Contrôler le message

 

« La propagande chinoise est passée maître depuis quelques années de la communication post-sommet, dégainant souvent via les médias d’État chinois, plus vite que la partie rencontrée, une synthèse de la relation bilatérale que Pékin entend mettre en avant. Une manière aussi de ne pas revenir sur l’essentiel », a ajouté M. Lagarde.

Ainsi, plusieurs médias du Nord affirment que le ton « sec » ou « froid » de M. Xi à l’endroit de M. Trudeau pourrait signifier l’amertume du président chinois, alors qu’il perd le contrôle sur le message qu’il aurait souhaité envoyer. D’autres ont carrément laissé entendre que ce dernier méprisait la liberté de presse propre aux démocraties comme le Canada.

Les internautes semblaient d’ailleurs partagés quant à l’échange entre les deux dirigeants. Plusieurs ont salué l’attitude de Xi Jinping, qualifiant le ton de M. Trudeau de « naïf » et de « manque de leadership ». D’autres, au contraire, ont félicité le premier ministre canadien pour avoir « défendu ses valeurs ».

Des relations toujours tendues

 

La ministre canadienne du Commerce international, Mary Ng, a assuré que le Canada maintiendrait un dialogue respectueux avec la Chine, même si elle prévient que le plus grand partenaire commercial du Canada en Asie a changé.

En effet, depuis quelques mois, le Canada redouble d’efforts afin de renforcer ses relations avec l’Asie du Sud-Est plutôt qu’avec la Chine, notamment critiquée pour ses violations des droits de l’homme.

« La Chine n’a aucun problème à avoir des conversations cordiales avec les autres pays, mais nous nous attendons à ce que ce dialogue soit fait d’égal à égal et avec un respect mutuel, plutôt que de se critiquer de manière condescendante », a quant à elle déclaré la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, au lendemain de l’échange entre M. Trudeau et M. Xi.

Avec La Presse canadienne

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