La disparition possible du journal «Le Délit» de McGill, un échec du bilinguisme, selon PSPP

Gabrielle Genest, rédactrice en chef du journal étudiant francophone « Le Délit » (à gauche), et Natacha Papieau, présidente de la société des publications du « Daily », dans leurs locaux de l’Université McGill.
Marie-France Coallier Le Devoir Gabrielle Genest, rédactrice en chef du journal étudiant francophone « Le Délit » (à gauche), et Natacha Papieau, présidente de la société des publications du « Daily », dans leurs locaux de l’Université McGill.

Le fait que le seul journal étudiant francophone de l’Université McGill craigne pour sa survie inquiète le chef du Parti québécois et député de Camille-Laurin, Paul St-Pierre Plamondon, qui y voit un échec clair du bilinguisme canadien.

« La question essentielle à se poser, c’est : “Est-ce que les politiques de bilinguisme institutionnel à McGill ont fonctionné ?” La réponse, c’est non, lance-t-il en entrevue au Devoir. Les 20 % de francophones de l’université, même si on est au Québec, même si Montréal est censée être une capitale francophone, sont dans une posture défensive récurrente et sont constamment remis en question. »

Un référendum se tient à l’université du 14 au 18 novembre. La population étudiante dans son ensemble doit voter sur le maintien de la cotisation de 6 $ qui finance Le Délit et son pendant anglophone, le McGill Daily. Un tel référendum a lieu tous les cinq ans, et une victoire du Non entraînerait la fermeture du Délit. Le fait que le journal est financé par tous, mais n’est lu que par une minorité francophone ou francophile, incite des étudiants à remettre en question son existence.

« C’est le reflet du fameux bilinguisme canadien, soutient Paul St-Pierre Plamondon. C’est un discours récurrent dans l’histoire du Canada et des institutions canadiennes-anglaises, à savoir que tout ce qui est francophone, ça coûte cher et ça ne sert à rien. »

« Par exemple mettre fin au cours de formation de la GRC en français, mettre fin aux communications en français ou à certaines demandes de maîtrise du français dans les affaires étrangères canadiennes, et le fait que le français soit souvent superflu dans la fonction publique canadienne, énumère-t-il. Le français est présenté comme un fardeau dans un contexte où il est minoritaire. » Il craint le jour où le français pourrait devenir minoritaire au Québec, ce qui entraînerait le même genre de dynamique.

Au courant du mois de septembre, Le Délit a également été victime de vandalisme. Des centaines d’exemplaires ont été dérobés des présentoirs de l’université et ont été retrouvés souillés par du café dans une poubelle. Des affiches de recrutement ont également été arrachées. Les journaux étudiants anglophones n’ont pas subi le même sort, précise au Devoir Gabrielle Genest, rédactrice en chef du Délit.

« On ne veut pas prêter d’intention aux personnes qui ont fait ça parce qu’on ne sait pas c’est qui, ça n’a peut-être aucun rapport [avec le fait que ce soit un journal francophone] », dit-elle, en ajoutant que cela pourrait également être causé par un ou des articles qui ont déplu. « On a vraiment cherché, on n’avait rien publié de controversé, et on ne sait vraiment pas pourquoi c’est arrivé, mentionne-t-elle. On ne peut pas démontrer que c’est antifrancophone. »



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