La télévision, reflet de la société canadienne

Gabrielle Tremblay-Baillargeon
Collaboration spéciale
L’exposition De Pépinot à La Pat’ Patrouille. Notre enfance télévisuelle est présentée au Musée canadien de l’histoire jusqu’au 1er septembre 2023.
Photo: Musée canadien de l'histoire L’exposition De Pépinot à La Pat’ Patrouille. Notre enfance télévisuelle est présentée au Musée canadien de l’histoire jusqu’au 1er septembre 2023.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Au Musée canadien de l’histoire, à Gatineau, le petit écran se fait artéfact dans De Pépinot à La Pat’ Patrouille. Notre enfance télévisuelle, une exposition pour toute la famille qui rassemble le meilleur des émissions canadiennes destinées aux enfants de 2 à 11 ans.

« Il n’y a rien de plus rassembleur que les émissions pour enfants », souligne d’entrée de jeu Olivier Côté, conservateur des médias et des communications pour le Musée et conservateur responsable de l’exposition. Celle-ci retrace 70 ans d’histoire télévisuelle à travers une centaine d’émissions, un échantillon somme toute assez court compte tenu de la très large production canadienne — et, bien sûr, québécoise.

Comment la télé canadienne est-elle le reflet des mentalités et des valeurs du pays ? Comment peut-elle être un agent de changement pour la société ? Voici les questions que s’est posées l’équipe du Musée afin de bâtir l’exposition interactive et immersive à voir jusqu’au 1er septembre 2023. « On voulait une exposition familiale qui apporte une perspective nouvelle et analytique sur l’histoire de la télé, mais qui demeure accessible à toutes les générations », explique Olivier Côté.

Ainsi, De Pépinot à La Pat’ Patrouille. Notre enfance télévisuelle est séparée en différentes zones thématiques qui regroupent 100 émissions et 250 épisodes, sans traiter les artéfacts sous la sempiternelle lentille chronologique. « On commence par une perspective plus nostalgique et on termine avec une perspective plus réflexive, critique, historique », poursuit le conservateur.

Le Musée canadien de l’histoire, qui abrite aussi le Musée canadien des enfants, faut-il le rappeler, souhaite ainsi jouer sur la tendre nostalgie liée aux personnages et aux univers présentés, mais aussi encourager les familles à découvrir « l’enfance télévisuelle » de toutes les générations. Des objets, des costumes et des artéfacts récoltés dans les foisonnantes et précieuses collections de Radio-Canada/CBC et de Télé-Québec, qui ont toutes deux collaboré au projet, forment le coeur de l’exposition.

Maquettes, marionnettes et chansonnettes

 

Dans la zone immersive « Apprenons quelque chose ensemble », qui se concentre sur les émissions conçues pour des publics d’âge préscolaire, on s’intéresse bien sûr aux notions d’apprentissage mises en avant par des émissions comme Fon Fon, Cornemuse ou Franklin (Benjamin au Québec), soit les couleurs, les formes ou encore les chiffres, mais également à la gestion des émotions négatives, un concept qui émerge dans les années 1970 avec l’implication nouvelle de pédagogues et de psychologues du développement de l’enfant. « Passe-Partout a été pionnière à cet égard, souligne M. Côté. On passe d’une parentalité plus autoritaire à une parentalité plus démocratique. »

Plus loin, une section d’incontournables diffuse des extraits de classiques comme Bobino, dont une marionnette datée des années 1960 et une Bobinette sont présentées. Les marionnettes originales de Pépinot et Capucine, première série jeunesse diffusée à Radio-Canada dès 1952, permettent de remonter aux origines de la télévision de chez nous. On retrouve les épisodes sous forme de projections immersives, de vidéos ou encore d’écrans en mouvement.

À la fin du parcours, des productions documentaires créées par le Musée mettent en scène des intervenants qui se confient sur leur expérience de la télévision, notamment en abordant les écueils de la représentativité au petit écran. La présence d’émissions autochtones — comme Takuginai, la première émission pour enfants entièrement en inuktitut au Canada —, produites et diffusées par et pour les Autochtones dans leurs communautés respectives depuis les années 1980, devient un outil puissant pour la valorisation de la culture et des langues autochtones, affirme Olivier Côté.

« Auparavant, c’était des non­Autochtones qui présentaient les Autochtones dans les émissions, avec ce que ça comporte de préjugés, de stéréotypes ou parfois même de racisme », note-t-il. Environ 10 % du corpus est composé d’émissions autochtones, toujours présentées dans leur langue d’origine : en cri, en inuktitut, en micmac… « On voulait fondamentalement que l’exposition soit une expérience interculturelle. On est conscients que beaucoup d’anglophones ne connaissent pas les émissions francophones et vice-versa, et c’est encore plus vrai en ce qui concerne les émissions autochtones », indique le conservateur.

« Il y a vraiment un clivage entre les anglophones et les francophones. Au Québec, les contenus originaux de fiction sont extrêmement forts, alors que du côté anglophone, ils le sont un peu moins », ajoute Olivier Côté, qui espère pouvoir mettre en lumière des productions d’ici moins connues que, par exemple, La Pat’ Patrouille (une émission créée à Toronto !) à travers cette exposition — même si, il faut l’avouer, Ryder et ses amis sont des incontournables dans le paysage télévisuel actuel. Les petits seront ravis !

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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