Google critiqué pour un sondage trompeur sur le financement des médias

Les bureaux de Google à Montréal
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir Les bureaux de Google à Montréal

Après avoir publié un sondage jugé trompeur, le géant californien Google a soutenu mardi que la désinformation et les pièges à clics seraient favorisés par le projet de loi qui doit le forcer à partager ses revenus avec les médias canadiens.

« Vous dites que vous voulez contrer la désinformation, alors comment expliquer cette dichotomie ? » a demandé le député du Bloc québécois Martin Champoux au représentant de Google Canada, Colin McKay, en comité parlementaire.

La multinationale a publié la semaine dernière un sondage commandé à la firme Abacus Data au sujet du projet de loi C-18. On peut notamment y lire que 79 % des Canadiens affirment ne pas vouloir payer pour accéder à un article trouvé sur Google. Le problème ? Le gouvernement n’envisage pas de faire ainsi payer les internautes. « Je crois que c’est de la désinformation », a critiqué Paul Deegan, le président du groupe de pression Médias d’Info Canada, en faveur du projet de loi.

C-18 propose plutôt de financer le journalisme canadien à même les revenus des plus gros joueurs du Web, essentiellement Facebook (Meta) et Google (Alphabet). Selon ce modèle, ces deux entreprises devront conclure des ententes de financement avec tous les médias d’information, sans quoi elles s’exposent à un arbitrage du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

« L’une des questions qui est posée [dans le sondage de Google] concerne les pouvoirs démesurés que le CRTC aurait par rapport au contenu médiatique si C-18 était adopté. […] Vous êtes meilleurs que nous, parce qu’on ne sait pas encore de quels pouvoirs le CRTC sera doté précisément ! » a ironisé le bloquiste Martin Champoux devant le représentant de Google.

Ce dernier a précisé au Devoir que c’était la firme de sondage qui avait la tâche de déterminer les questions.

Craintes de désinformation

 

Google affirme appuyer le journalisme durable, mais dénonce vivement le projet de loi libéral. L’entreprise souhaiterait continuer de choisir avec qui elle peut conclure (ou non) des ententes, et critique notamment la définition large d’une entreprise de nouvelles dans le texte de loi.

« Les Canadiens pourraient voir de la propagande étrangère parmi des reportages de médias comme Le Devoir ou le Globe and Mail », a alerté M. McKay, lors de sa présentation aux élus.

Également témoin au comité mardi, le directeur du Devoir, Brian Myles, était plutôt d’avis que les autorités réglementaires ont l’expertise nécessaire pour définir ce qui constitue du journalisme. « On est capable d’éloigner la désinformation si on se fie aux critères qui existent déjà », a-t-il dit, en référence aux autres programmes gouvernementaux d’aide aux médias.

Comme média d’information, Le Devoir a conclu des ententes avec quatre géants du Web depuis 2014 : Microsoft (MSN), Apple (News+), Google et, finalement, Meta, en 2021. Les élus n’ont pas été en mesure d’en connaître les détails, qui sont de nature confidentielle. Ces ententes pourraient être l’objet de renégociation sous le nouveau cadre légal proposé.

Bouquet de mesures

 

« Nous sommes dans une relation complexe, une relation d’interdépendance et de complémentarité » avec les plateformes, a expliqué Brian Myles au comité parlementaire. Il est en faveur de C-18, mais suggère d’y inscrire l’obligation pour les plateformes de partager certaines données, ainsi qu’une mission pour le CRTC de respecter la dualité linguistique du pays.

Le directeur a vanté cette « diversité de revenus » du Devoir, et croit que le gouvernement devrait offrir un « bouquet de mesures » pour les médias, et pas seulement un financement assuré par les géants du Web. Le fédéral devrait d’ailleurs garder ses autres programmes d’aide au journalisme après l’adoption de C-18, comme l’Initiative de journalisme local et ses crédits d’impôt.

Nous sommes dans une relation complexe, une relation d’interdépendance et de complémentarité 

 

Des élus conservateurs ont souligné leur inquiétude de voir des médias établis tirer davantage leur épingle du jeu que de plus petits médias émergents avec le texte proposé. D’autres intervenants ont souligné au contraire le grand succès d’un projet de loi semblable en Australie, où Google et Meta paient jusqu’à 30 % du salaire des journalistes.

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