«Montreal Gazette» n’aura plus d’édition papier le lundi

«Cette décision reflète l’évolution rapide des habitudes de consommation des nouvelles de nos lecteurs, les besoins de nos annonceurs et l’escalade des coûts d’impression et de livraison», explique le vice-président de la rédaction de «Montreal Gazette», Gerry Nott.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «Cette décision reflète l’évolution rapide des habitudes de consommation des nouvelles de nos lecteurs, les besoins de nos annonceurs et l’escalade des coûts d’impression et de livraison», explique le vice-président de la rédaction de «Montreal Gazette», Gerry Nott.

Montreal Gazette tirera un trait sur son édition papier du lundi à compter du 17 octobre prochain. Le quotidien invoque le changement des habitudes de consommation de l’information de ses lecteurs pour justifier sa décision.

Le vice-président de la rédaction, Gerry Nott, en a fait l’annonce mercredi midi, sur le site Web du journal, dans une note adressée aux lecteurs. « Cette décision reflète l’évolution rapide des habitudes de consommation des nouvelles de nos lecteurs, les besoins de nos annonceurs et l’escalade des coûts d’impression et de livraison », a-t-il expliqué.

L’édition du lundi continuera d’être publiée, mais uniquement en version numérique, sur le site Web de Montreal Gazette. « [On] y publiera les mêmes histoires, photos, chroniques et articles de fond auxquels vous êtes habitués dans le format imprimé », indique M. Nott, précisant que cela n’aura aucun effet sur les tarifs d’abonnement présentement en vigueur. « L’actualité est présente 24 heures sur 24, sept jours sur sept, et notre engagement envers vous est de vous la livrer rapidement, honnêtement et de manière approfondie, alors que les habitudes de consommation des lecteurs continuent de changer », a-t-il ajouté.

Le groupe de presse Postmedia, qui possède Montreal Gazette, supprimera également les éditions imprimées du lundi de ses journaux d’Ottawa, Calgary, Edmonton et Vancouver.

« Une tendance qui s’installe »

« On aurait pu le voir venir, c’est une tendance qui s’installe depuis quelques années. Que ce soit ici, en Europe ou aux États-Unis, on envisage sérieusement la fin du papier, lorsqu’il n’a pas déjà été abandonné », souligne Colette Brin, professeure à l’Université Laval et directrice du Centre d’études des médias (CEM).

Au Québec, seuls Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec continuent d’être imprimés sept jours sur sept, tandis que Le Devoir propose encore son édition papier du lundi au samedi. Les autres grands journaux ont depuis quelques années déjà tourné le dos — partiellement ou complètement — au papier.

Dès 2016, La Presse a cessé d’imprimer ses journaux en semaine. Elle a définitivement tiré un trait sur le papier à la fin de 2017 en arrêtant d’imprimer son édition du week-end pour centrer ses efforts sur son application tablette La Presse+.

Au printemps 2020, les six quotidiens régionaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i), dont Le Soleil, Le Droit et La Tribune, ont décidé d’abandonner pour de bon leurs éditions papier en semaine, une pratique qui avait d’abord été adoptée temporairement en raison de la pandémie. Ils continuent toutefois de proposer une édition imprimée les samedis.

À Montréal, les quotidiens gratuits 24 heures et Métro ont eux aussi réduit leurs éditions papier durant la pandémie. Le premier est devenu un magazine hebdomadaire publié seulement les jeudis. Le second ne propose maintenant que des éditions imprimées trois fois par semaine, les mardis, mercredis et vendredis.

L’imprimé, un format en déclin

La situation est d’autant plus compréhensible, d’après la professeure Colette Brin, lorsqu’on voit à quel point les abonnements papier sont en déclin en comparaison des abonnements numériques.

Les habitudes de consommation de l’information évoluent, souligne-t-elle, et de plus en plus de Québécois préfèrent consulter les nouvelles sur leur téléphone cellulaire ou leur ordinateur plutôt que de recevoir un journal papier chaque matin.

Les chiffres viennent appuyer ce constat. Selon une compilation de données sur la presse quotidienne effectuée par le CEM, en 2017, l’imprimé était encore le support de nouvelles utilisé par le plus grand nombre de lecteurs réguliers de 18 ans et plus au Québec. Plus précisément : 40 % d’entre eux lisaient exclusivement les journaux papier pour s’informer, tandis que 33 % préféraient se tourner vers le numérique et que 27 % allaient d’un support à l’autre. En 2021, la tendance s’est inversée : seulement 18 % des lecteurs réguliers s’informaient exclusivement à partir de journaux papier, 52 % s’étaient tournés vers le numérique et 30 % utilisaient les deux formats.

« Je pense que c’est juste une question de temps avant que les autres journaux s’y mettent et réduisent aussi leurs éditions papier », croit Mme Brin.

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