Les logos de Radio-Canada disparaissent

La tour brune de Radio-Canada, après le retrait de ses embématiques logos
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La tour brune de Radio-Canada, après le retrait de ses embématiques logos

La vieille Maison de Radio-Canada ressemble désormais à n’importe quel immeuble lambda du centre-ville. Les logos du diffuseur public ont été retirés mardi matin, marquant la fin d’une époque. Coup de blues pour les nostalgiques.

C’est en effet un brutal rappel que, d’ici la fin de l’année, Radio-Canada quittera définitivement la mythique tour brune pour ses modestes nouveaux bureaux situés juste en face, dans la rue Papineau.

Inauguré en 1973, le gratte-ciel de 28 étages avait nécessité la démolition d’un quartier complet, le Faubourg à m’lasse, avant de devenir le haut lieu du showbiz et du journalisme québécois. C’est dire la charge historique derrière le retrait des trois logos qui surplombaient depuis les années 1990 trois des faces de l’immeuble.

« Selon notre entente avec le nouveau propriétaire, le logo devait être retiré avant la fin de notre bail, le 31 décembre 2022. […] L’enseigne n’a pas été jugée patrimoniale par la Ville de Montréal », a expliqué Marc Pichette, le porte-parole du diffuseur public, par courriel. Pour marquer le coup, l’un des logos sur la tour brune a été symboliquement éteint en ondes lors du spécial de la rentrée de vendredi dernier, alors qu’était allumé celui du nouvel édifice.

Indissociable de Montréal

 

Avec le temps, l’image de marque de Radio-Canada était devenue indissociable du panorama de Montréal. Un point de repère lorsqu’on traversait le pont Jacques-Cartier, surtout en pleine nuit. Pour certains, elle faisait même partie du patrimoine de la métropole, à l’instar des enseignes de Farine Five Roses et de l’ancienne usine Molson.

« Même si on sait depuis longtemps que la Maison de Radio-Canada va déménager, le logo aurait pu rester. Je ne suis pas spécialiste en marketing, mais il me semble que l’immeuble a beaucoup plus de cachet avec le logo », souligne Matt Soar, un professeur de l’Université Concordia qui dirige le Projet d’enseignes de Montréal.

Cette initiative a permis jusqu’à présent la récupération de dizaines d’enseignes d’anciens commerces et de lieux cultes associés à l’histoire de la métropole. D’ailleurs, le Projet d’enseignes de Montréal a pris possession en 2016 des lettres CBC qui étaient accrochées sur l’ancien édifice de CBC/Radio-Canada au centre-ville, des années 1940 jusqu’à 1973, avant l’inauguration de la fameuse tour brune.

Les trois logos qui étaient greffés jusqu’à ce matin à la tour ne connaîtront pas le même sort ; ils seront démantelés pour finir au recyclage. Le Groupe Mach, qui a acheté les anciennes installations de Radio-Canada depuis 2017, indique que la décision est entièrement celle de la société d’État.

Le Groupe Mach entend faire de ces lieux le « Quartier des lumières », qui devrait comprendre des condos, des logements sociaux, des commerces et un centre d’affaires dans l’ancienne Maison de Radio-Canada. Les travaux sont censés débuter l’an prochain, mais aucune date n’est avancée pour l’inauguration.

Déjà vu

Toute cette histoire n’est pas sans rappeler le retrait de l’emblématique enseigne du premier magasin Archambault, en 2018, après que Renaud-Bray eut racheté son principal concurrent. Le panneau devait prendre le chemin du dépotoir, mais, face au tollé, la Ville de Montréal avait décidé de le préserver. L’enseigne a finalement été remise en place au coin des rues Sainte-Catherine et Berri à l’initiative de Québecor, propriétaire de l’immeuble adjacent au commerce.

Les lettres rouges de Farine Five Roses avaient aussi failli être désinstallées en 2006 après le rachat de l’entreprise par le géant Smucker’s. Un accord avait finalement été trouvé. Héritage Montréal reconnaît que le logo de Radio-Canada n’a pas la même valeur que l’enseigne de Farine Five Roses, mais l’organisme se désole tout de même de la tournure des événements.

« Ce retrait du logo de Radio-Canada marque le passage d’un actif collectif marquant et assez unique — la radio et la télé publiques —, érigé [sur le site d’un] ancien quartier populaire rasé, à un projet immobilier comme Montréal et d’autres grandes villes en connaissent tant », s’est désolé par courriel Dinu Bumbaru, directeur des politiques d’Héritage Montréal. M. Bumbaru aurait préféré que les trois logos soient entreposés ailleurs pour entretenir la mémoire.

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