Québecor et le Conseil de presse s’affrontent

Les médias de Québecor réclament un dédommagement de 428 000 dollars pour atteinte à leur réputation.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Les médias de Québecor réclament un dédommagement de 428 000 dollars pour atteinte à leur réputation.

Le procès opposant des médias de Québecor au Conseil de presse du Québec (CPQ) s’est amorcé au palais de justice de Montréal lundi. Le Journal de Montréal et le Groupe TVA souhaitent que le tribunal d’honneur des médias cesse de rendre des décisions à leur égard et réclament un dédommagement de près de 428 000 $ pour atteinte à leur réputation.

Les médias de Québecor reprochent entre autres au CPQ d’avoir bâclé les enquêtes ayant mené à deux décisions rendues en 2018, et dans lesquelles Le Journal de Montréal a été sévèrement blâmé.

Alors qu’ils ne sont plus membres du CPQ depuis 2010, ils déplorent d’être encore malgré tout l’objet de blâmes de la part de l’organisme privé à but non lucratif, dont le mandat est de traiter les plaintes du public visant les médias d’information québécois.

S’ils refusaient de participer au processus de traitement des plaintes depuis plusieurs années, les médias de Québecor ont décidé de se tourner vers les tribunaux en 2018 pour empêcher une bonne fois pour toutes le CPQ d’enquêter et de rendre des décisions les concernant. Ils avancent par ailleurs dans leur poursuite qu’en continuant d’agir de la sorte, le tribunal d’honneur porte atteinteà leur droit fondamental d’être libre « de ne pas s’associer », comme prévu dans la Charte des droits et libertés.

Selon eux, les décisions au coeur du litige « sont diffamatoires et portent atteinte à la réputation du Journal de Montréal en ce qu’elles font état de reproches non fondés et qui, dans le cas de la “décision” Sabbagh, sont formulés aux termes d’un processus d’enquête nécessairement incomplet, bâclé et fondamentalement vicié de la part du CPQ » .

La décision Sabbagh

 

Cette décision était justement au coeur des témoignages et des contre-interrogatoires de cette première journée de procès, lundi.

Rappelons les faits : en juin 2018, le CPQ a sévèrement blâmé Le Journal de Montréal pour sa une du 4 mai 2017 et un article de cette même édition sur les inondations dans l’ouest de Montréal. Le problème ? Le quotidien aurait, selon la décision du CPQ, faussement attribué deux citations à une femme évacuée à bord d’une chaloupe lors des événements. La première a été ajoutée à la fin de l’article à l’insu de la journaliste qui le signait, Catherine Montambeault. La seconde accompagnait la photo de une sous forme d’un ballon illustrant ce que la dame aurait écrit sur son téléphone cellulaire qu’elle fixait pendant qu’un voisin l’aidait à évacuer.

À noter que la plainte déposée au CPQ provenait de la dame en question, Stephanie Sabbagh, dont la photo s’est retrouvée en première page sans son consentement.

Les médias de Québecor estiment que le CPQ a mal fait son travail et soutiennent que la citation n’a pas été inventée, mais a plutôt été recueillie par un photoreporter de l’agence QMI (et donc pas par la journaliste qui signait l’article). Pour ce qui est de la première page de l’édition, le Journal reconnaît que cela ne correspond pas à la déclaration exactede Mme Sabbagh, mais qu’il s’agit d’« un élément humoristique relevant de la caricature — une institution reconnue dans le milieu journalistique ».

Le photo reporter Maxime Deland — qui a pris en photo Mme Sabbagh et a «entendu» son exclamation — a témoigné pour son employeur lundi. Il a également expliqué n’avoir jamais été contacté par le CPQ lors du processus de traitement de la plainte de la dame.

C’est ensuite l’ex-journaliste et secrétaire générale du CPQ depuis 2017, Caroline Locher, qui a été appelée à témoigner. Elle a expliqué le rôle du tribunal d’honneur des médias, sa composition et le déroulement du traitement d’une plainte. Mme Locher a aussi donné sa version des faits concernant le cas spécifique du traitement de la plainte de Mme Sabbagh en revenant sur la décision qui en a découlé.

Le procès, prévu durer huit jours, doit se poursuivre mardi matin avec le contre-interrogatoire de Mme Locher.

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