Regard vert sur le journalisme

Les médias parlent plus que jamais d’environnement, et de différentes manières.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les médias parlent plus que jamais d’environnement, et de différentes manières.

Sous la pression du public et des catastrophes climatiques répétées, les médias traditionnels parlent plus que jamais d’environnement, un sujet longtemps relégué au second plan. Mais malgré la création d’émissions consacrées au sujet et un nombre inédit de journalistes spécialisés, du travail reste à faire pour que l’urgence climatique soit couverte en profondeur.

« Ça fait 20 ans que je veux faire une émission sur l’environnement, j’ai hâte ! » lance d’emblée Catherine Perrin, qui n’en revient pas de voir son souhait se réaliser, enfin. Dès dimanche, l’animatrice prendra la barre de Feu vert sur ICI Première, une émission hebdomadaire entièrement consacrée à l’environnement.

Bien sûr, on traitait déjà de questions environnementales sur les différentes plateformes du diffuseur public, mais c’est la première fois qu’on en discutera continuellement en ondes pendant une heure.

Ce texte est publié via notre Pôle environnement.

« On le voit dans les sondages dans les dernières années, l’environnement est la préoccupation principale des Canadiens. On voit de plus en plus les changements climatiques dans notre quotidien », fait valoir la directrice de la radio de Radio-Canada, Caroline Jamet. « Les gens veulent en parler, mais ils veulent aussi que ce soit de manière positive. »

Ils seront servis avec Feu vert, puisque l’environnement y sera abordé avec une approche axée sur les solutions. L’équipe de chroniqueurs de Catherine Perrin — ses agents doubles, comme elle les appelle — aura pour mission de faire le tour des différentes initiatives visant à contrer ou à atténuer les changements climatiques, et ce, en fouillant dans des études et en allant à la rencontre des acteurs de changement.

« On ne va pas être jovialistes pour autant, mettre nos lunettes roses et dire que faire son propre savon à l’huile d’olive, ça va sauver le monde », précise Catherine Perrin. L’émission se veut un laboratoire où l’on abordera « de nouvelles idées, des concepts de solutions », mais avec un « sens critique », en les « mettant à l’épreuve ».

Elle donne l’exemple de la gratuité du transport en commun, un sujet abordé dans les premières émissions. « On va envoyer un agent double parler aux usagers à Montréal pour savoir si la gratuité du métro les fins de semaine a vraiment changé quelque chose pour eux. […] Est-ce une vraie bonne idée, la gratuité ? Est-ce que ça a bien marché ailleurs ? Pourquoi ? »

En informant les auditeurs sur l’urgence climatique et les solutions qui existent, Catherine Perrin espère surtout réveiller le citoyen en eux. « On veut montrer qu’en plus des petits gestes, ça vaut la peine d’écrire à son député pour faire bouger les choses ou de se présenter à un conseil municipal pour poser des questions. L’idée n’est pas d’être moralisateur, mais mobilisateur. »

Multiples initiatives

 

Radio-Canada n’est pas le seul média à avoir pris ce virage vert dans les derniers mois. Son pendant anglophone, CBC, a créé en juillet un poste de correspondant climatique international. La journaliste Susan Ormiston racontera les histoires de gens à travers le monde qui vivent les impacts des changements climatiques. Elle sera aussi déployée en urgence n’importe où sur la planète en cas de catastrophe climatique.

En avril dernier, Le Devoir a pour sa part lancé le Pôle environnement, composé de 12 journalistes venant de différents secteurs de couverture. « Le Devoir a toujours eu un intérêt pour les enjeux environnementaux. C’est le premier média au Québec à s’être doté, en 1982, d’un reporter consacré à l’environnement », rappelle sa rédactrice en chef, Marie-Andrée Chouinard. « Avoir aujourd’hui un pôle [de couverture], c’est lancer le message puissant que l’environnement est un enjeu qui touche tellement tout le monde qu’il traverse tous les secteurs. »

À La Presse, on constate aussi un intérêt accru des lecteurs pour les questions environnementales. Le quotidien compte désormais deux reporters voués à ce sujet et a décidé dernièrement de rendre sa couverture plus « constructive ». « On fait des portraits “d’acteurs de changement”, par exemple. On met encore plus en valeur les solutions originales. On a aussi une rubrique sur les “idées vertes” chaque semaine », indique son éditeur adjoint, François Cardinal.

Chez les médias de Québecor, l’environnement s’est aussi taillé une place de choix à travers le temps. Le réseau TVA a récemment décidé de changer sa manière de présenter les bulletins météo afin de mieux expliquer les phénomènes météorologiques et leurs liens avec les changements climatiques. Lors de sa refonte en février 2021, le journal gratuit 24 heures a aussi placé l’environnement au sein de ses priorités de couverture. Sans compter la plus grande place accordée au sujet dans les reportages du Bureau d’enquête de Québecor.

Du travail à faire

« Mieux vaut tard que jamais », indique Amélie Daoust-Boisvert, professeure adjointe en journalisme à l’Université Concordia, qui aurait aimé voir ces initiatives fleurir plus tôt. « C’est le gros minimum, ce qui se fait. […] C’est quand même l’enjeu le plus important de notre siècle. »

Dans le cadre de ses recherches, la professeure s’intéresse à la couverture médiatique canadienne des changements climatiques. Si elle a vu une évolution dans les dernières années, du travail reste à faire : « Le problème, c’est qu’il y a des pics de couverture lors d’une catastrophe, un sommet sur le climat, une étude importante ou un commentaire politique. Mais pourquoi on ne parle pas tout le temps d’environnement ? Il y a justement de la place à de l’enquête pendant ces creux d’actualité. »

C’est le rôle des médias, rappelle l’ancienne journaliste du Devoir, de faire des suivis et de talonner les entreprises et les gouvernements sur leur rôle dans la préservation de l’environnement.

Malgré ses critiques, elle estime qu’il se fait du bon journalisme environnemental à travers le pays. La professeure vient d’ailleurs de lancer avec ses étudiants une infolettre, Papier carbone, qui rassemble les meilleurs reportages dans le domaine. « C’est important d’aussi souligner les bons coups des médias. »



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